Appels d’offres par métier

    Répondre aux appels d’offres de rénovation énergétique : RGE, objectifs, prix et mémoire

    Par Laury Alger

    Publié le · 7 min de lecture

    En bref

    Une rénovation énergétique publique se prépare autrement qu’un lot ordinaire. Le RGE, obligatoire pour les aides des particuliers, n’est en marché public qu’une preuve de capacité que l’acheteur peut demander « ou équivalent ». Le DCE fixe soit des performances de produits, soit un résultat chiffré à tenir. Les interfaces de l’enveloppe et les mesures d’étanchéité à l’air pèsent sur le prix comme sur le mémoire.

    Qui commande la rénovation énergétique publique, et pourquoi

    Les acheteurs sont les propriétaires du parc public : communes et intercommunalités pour les écoles, gymnases et mairies, départements et régions pour les collèges et lycées, bailleurs sociaux, hôpitaux, universités, État. Deux textes poussent leurs programmes de travaux.

    Le premier est le décret tertiaire. Les bâtiments tertiaires d’au moins 1 000 m² de surface de plancher (article R174-22 du Code de la construction et de l’habitation) doivent réduire leur consommation d’énergie finale d’au moins 40 % en 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050 par rapport à une année de référence qui ne peut être antérieure à 2010, ou atteindre un niveau absolu (article L174-1 (nouvel onglet)). Exemple : une école de 2 400 m² qui consommait 312 000 kWh en 2019, année de référence, vise 187 200 kWh en 2030. Le second impose un système d’automatisation et de contrôle, autrement dit une gestion technique : les bâtiments tertiaires dont le système de chauffage ou de climatisation dépasse 290 kW doivent en être équipés depuis le 1er janvier 2025, ceux de plus de 70 kW au plus tard le 1er janvier 2030, sauf retour sur investissement de plus de dix ans (article R175-2 (nouvel onglet)).

    Ces programmes arrivent sous trois formes :

    • une réhabilitation allotie : isolation par l’extérieur, menuiseries extérieures, couverture et isolation des combles, chauffage et ventilation, éclairage et régulation, chacun son lot (allotissement) ;
    • un marché de travaux unique, confié à une entreprise générale ou à un groupement ;
    • un marché global de performance, qui associe travaux et exploitation ou maintenance « afin de remplir des objectifs chiffrés de performance », avec des engagements mesurables (article L2171-3 du Code de la commande publique (nouvel onglet)).

    Dans les avis, cherchez les codes CPV 45320000 (travaux d’isolation), 45321000 (isolation thermique), 45443000 (travaux de façade), 45421000 (menuiserie), 45261000 (charpente, couverture et travaux connexes), 45331000 (chauffage, ventilation et climatisation) et, pour les opérations complètes, 45453000 (remise en état et remise à neuf) ou 45454000 (restructuration). Ajoutez « rénovation énergétique », « isolation par l’extérieur », « décret tertiaire » et « performance énergétique » à vos mots-clés.

    RGE : ce qu’exigent les aides, ce que peut exiger l’acheteur

    Le label RGE (« reconnu garant de l’environnement ») est délivré par Qualibat, Qualit’EnR et Qualifelec, ou par Certibat et Cerqual, pour quatre ans avec un suivi annuel (page du ministère sur le label RGE (nouvel onglet)). Il conditionne MaPrimeRénov’, l’éco-PTZ et les CEE. Pour les CEE, la règle est plus étroite qu’on ne le croit : certaines fiches d’opérations standardisées imposent un professionnel titulaire d’un signe de qualité « dans le cas de bénéficiaires en tant que personnes physiques » (questions-réponses du ministère sur les CEE (nouvel onglet)).

    SituationLe RGE est-il exigé ?Par qui
    Travaux d’un particulier aidés par MaPrimeRénov’ ou l’éco-PTZOuiLes règles de l’aide
    CEE au bénéfice d’une personne physiqueOui, pour certaines fichesLe dispositif des CEE
    CEE au bénéfice d’une collectivité ou d’un bailleurNon, par le dispositifL’acheteur, s’il l’écrit
    Marché public de travauxSeulement si le RC le demande, « ou équivalent »L’acheteur

    En marché public, le RGE n’est donc qu’un certificat de qualification parmi d’autres. L’acheteur peut le demander si c’est lié et proportionné à l’objet du marché (article L2142-1 du Code de la commande publique), mais il accepte tout moyen de preuve équivalent (arrêté du 22 mars 2019, article 3), et l’absence de références de même nature ne justifie pas à elle seule une élimination. Sans le label, prouvez la capacité : chantiers d’isolation ou de génie climatique comparables, attestations de bonne exécution, titres de l’encadrement. La fiche qualifications du BTP détaille l’équivalence. Chez Qualibat, les qualifications d’isolation thermique (famille 71) et d’« offre globale » d’efficacité énergétique (8632 et 8633) figurent dans la nomenclature, les premières pouvant porter la mention RGE.

    Quand l’acheteur valorise lui-même des CEE, le CCTP ou le CCAP peut vous demander des mentions précises sur la facture (produit, marque, référence, résistance thermique) et des attestations signées. Ce temps administratif se chiffre.

    Obligation de moyens ou de résultat : lire les objectifs du DCE

    Avant de chiffrer, classez la consultation :

    • un CCTP prescriptif fixe des performances de produits : résistance thermique d’un isolant, coefficient d’une fenêtre, rendement d’une chaudière. Votre engagement porte sur les produits et leur mise en œuvre, pas sur la consommation du bâtiment, sauf clause contraire ;
    • un marché à objectifs fixe un résultat : consommation après travaux, gain mesuré sur une ou plusieurs saisons de chauffe, pénalités si l’engagement n’est pas tenu. Il faut alors une étude thermique, des hypothèses d’usage écrites et un protocole de mesure, ce qu’une PME seule porte rarement.

    Même un lot prescriptif obéit aux minimums réglementaires. Hors rénovation lourde soumise à une performance globale (article R173-2), chaque élément installé ou remplacé respecte des performances fixées par arrêté (article R173-3 du Code de la construction et de l’habitation) : un mur isolé atteint une résistance thermique totale d’au moins 3,2 m².K/W en zones H1 et H2, et en zone H3 au-dessus de 800 mètres, 2,2 m².K/W en zone H3 en dessous (article 3 de l’arrêté du 3 mai 2007 (nouvel onglet)). Un ravalement important de façade impose même au maître d’ouvrage d’isoler (article R173-4), sauf exceptions (article R173-6).

    Le reste du DCE se lit comme pour tout lot (voir analyser un DCE), avec des points propres au sujet :

    • l’existant : repérage amiante (enduits, colles, plaques en fibres-ciment), état et résistance des supports avant fixation, humidité, contraintes patrimoniales ;
    • les mesures demandées : test d’étanchéité à l’air, thermographie, réglages et mise en service ;
    • les interfaces : retours d’isolant en tableaux et appuis de fenêtres, coffres de volets, descentes d’eaux pluviales à déposer et reposer, relevés en toiture, ventilation à revoir quand l’enveloppe devient étanche, échafaudage partagé avec les menuiseries ;
    • les variantes, autorisées par défaut depuis le 28 mai 2026 sauf mention contraire (article L2151-2) : un autre isolant ou un autre système peut se proposer, dans le respect des exigences minimales ;
    • le critère environnemental, présent dans les consultations engagées depuis le 21 août 2026 (article R2152-7).

    Le bordereau d’un lot d’isolation thermique par l’extérieur

    Exemple fictif : lot 02 « Isolation thermique par l’extérieur » de la rénovation d’un groupe scolaire en site occupé, 1 150 m² d’isolant, à prix global et forfaitaire. La DPGF chiffrée par l’entreprise :

    PosteBase de calculMontant HT
    Échafaudage, 1 250 m², douze semaines15 € par m²18 750 €
    Préparation des supports, déposes, essais d’arrachementens9 800 €
    Isolant collé-chevillé, R ≥ 4,4 m².K/W, et enduit1 150 m² à 92 €105 800 €
    Tableaux, appuis et voussures640 ml à 38 €24 320 €
    Bandes de recoupement et points singuliers310 ml à 22 €6 820 €
    Repose des descentes et équipements de façadeens5 400 €
    Contrôles, autocontrôles, DOEens3 900 €
    Total174 790 €

    Quatre pièges propres à ce lot :

    • la règle de métré : baies déduites ou non, tableaux comptés à part ou compris dans le m². Au forfait, une surface sous-estimée reste à vos frais : refaites le métré façade par façade ;
    • l’échafaudage : si le lot menuiseries l’utilise, la durée de mise à disposition et son coût doivent être écrits, sinon la location s’allonge à votre charge ;
    • les déposes et reposes (descentes, luminaires, enseignes, grilles), souvent une ligne « PM » renvoyée à des lots qui ne les chiffrent pas ;
    • l’isolant, dont les prix bougent : demandez une validité de prix et lisez la clause de révision des prix.

    La méthode de chiffrage ligne par ligne est dans remplir une DPGF.

    Le mémoire technique d’une rénovation énergétique

    L’acheteur cherche deux preuves : que la performance promise sera atteinte, et que le bâtiment occupé restera utilisable. Le mémoire technique traite :

    • la performance : produits proposés avec fiches techniques et performances certifiées, traitement des ponts thermiques aux tableaux, appuis et acrotères, continuité de l’étanchéité à l’air ;
    • les contrôles : autocontrôles d’épaisseur et de fixation, points d’arrêt avant enduit, mesures demandées et ce que vous ferez si un résultat n’est pas atteint ;
    • le site occupé : accès protégés sous l’échafaudage, travaux bruyants hors cours, sécurisation de l’échafaudage la nuit ;
    • l’amiante éventuel et la préparation des supports ;
    • l’environnement : origine et contenu recyclé des isolants, chutes triées, transports, la partie notée par le critère environnemental (voir l’environnement dans le mémoire technique) ;
    • pour un marché à objectifs : hypothèses d’usage, protocole de mesure, suivi des consommations.

    Plan type court, à recaler sur les sous-critères du RC : 1. Diagnostic de l’existant et contraintes relevées à la visite ; 2. Solution technique et performances ; 3. Phasage en site occupé ; 4. Moyens humains et matériels ; 5. Contrôles et mesures ; 6. Environnement ; 7. Planning. La méthode de rédaction est dans rédiger un mémoire technique.

    Liste de contrôle d’une rénovation énergétique

    • La consultation est classée : performances de produits, ou résultat chiffré à tenir.
    • Pour un marché global de performance, le groupement ou le rôle de sous-traitant est décidé avant de chiffrer.
    • Le RGE demandé par le RC admet l’équivalent, et vos preuves de capacité sont prêtes.
    • Les performances du CCTP respectent au moins les minimums réglementaires de chaque élément.
    • Le repérage amiante et l’état des supports sont lus.
    • La règle de métré est appliquée, façade par façade.
    • L’échafaudage partagé et les déposes et reposes ont un lot et une durée.
    • Les mesures demandées (étanchéité à l’air, thermographie) sont chiffrées.
    • Les mentions de facture exigées pour les CEE de l’acheteur sont prévues.
    • Une variante éventuelle respecte les exigences minimales et se chiffre à part.
    • Le mémoire prouve les performances et décrit le site occupé.

    Avec ARAO

    La veille d’ARAO trie les annonces par activité du BTP, dont « Isolation », « Ravalement », « Bardage », « Menuiserie », « Chauffage (travaux) », « Ventilation », « Photovoltaïque » et « Géothermie ». Le Go/No-Go, gratuit, relève les qualifications exigées et les conditions du DCE ; ses critères préconçus « Qualifications et certifications exigées » et « Exigences environnementales » se retiennent pour ces dossiers. Le DC2 pré-rempli reprend les labels RGE que l’annuaire des entreprises connaît pour votre SIRET, et le certificat se range au coffre-fort avec sa date de validité. Avec l’option chiffrage, ARAO chiffre la DPGF au déboursé sec et vous réglez frais, aléas et marge. Le mémoire s’appuie sur vos références et vos méthodes. ARAO ne fait ni étude thermique ni calcul d’économie d’énergie, ne monte pas de dossier CEE, et ne remplit pas les formulaires d’un groupement. Détail : chiffrage DPGF, DQE et BPU.

    Structure de prix d’un chiffrage de DPGF de rénovation énergétique dans ARAO : frais généraux et aléas en pourcentage avec leur assiette, composition du prix de vente et écart d’arrondi
    La structure de prix d’un lot de rénovation énergétique

    Questions fréquentes

    Non, aucune loi ne l’impose pour un marché public. L’acheteur peut demander un certificat de qualification, RGE compris, s’il est lié et proportionné à l’objet du marché, mais il doit accepter tout moyen de preuve équivalent : chantiers comparables, attestations de bonne exécution, titres de l’encadrement. Le RGE est en revanche obligatoire pour que vos clients particuliers touchent MaPrimeRénov’ ou l’éco-PTZ.

    Pas au titre du dispositif lui-même : les fiches d’opérations standardisées qui exigent un professionnel titulaire d’un signe de qualité visent les bénéficiaires personnes physiques. Une collectivité ou un bailleur peut toutefois exiger le RGE dans son RC, avec l’équivalence, et demander des mentions précises sur vos factures pour constituer son dossier : lisez le CCTP et le CCAP.

    Les propriétaires et occupants de bâtiments tertiaires d’au moins 1 000 m² doivent réduire leur consommation d’énergie finale de 40 % en 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050 par rapport à une année de référence, ou atteindre un niveau absolu. Les collectivités programment donc isolation, chauffage, régulation et éclairage, et leurs DCE fixent de plus en plus des objectifs de consommation.

    Quand une isolation de mur est installée ou remplacée hors rénovation globale, la paroi isolée doit atteindre une résistance thermique totale d’au moins 3,2 m².K/W en zones H1 et H2, et en zone H3 au-dessus de 800 mètres d’altitude, 2,2 m².K/W en zone H3 en dessous. Le CCTP fixe souvent une valeur plus exigeante : c’est elle que vous chiffrez.

    Rarement. Un marché global de performance associe les travaux à l’exploitation ou à la maintenance, avec des objectifs chiffrés et des engagements de performance mesurables : il faut concevoir, construire, exploiter et mesurer. Une PME y entre le plus souvent en groupement avec un bureau d’études et un exploitant, ou comme sous-traitant du titulaire.

    Sources

    Textes et faits vérifiés le 02/10/2026. Cette page présente la règle générale : les pièces de chaque consultation (RC, CCAP) font foi. Rédaction assistée par l’IA, relue et validée par Laury Alger le 02/10/2026.

    L’auteur

    Portrait de Laury Alger

    Laury Alger

    Président et fondateur de NEURALPHA

    Je baigne dans le BTP depuis tout petit : mon père possède une entreprise, et j’ai commencé à travailler sur les chantiers à 14 ans. Je me suis ensuite formé pour prendre des responsabilités : j’ai été ouvrier, technicien, chargé d’affaires, puis j’ai eu ma propre entreprise pendant un peu moins de trois ans.

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    La veille d’ARAO est gratuite : BOAMP, JOUE et profils d’acheteurs, filtrés par activité du BTP et par département, avec une alerte par e-mail. Le Go/No-Go, gratuit lui aussi, lit ensuite le DCE et note chaque dossier sur vos critères.

    En détail : Veille des appels d’offres BTP

    Formule gratuite, sans carte bancaire.