Chiffrage et prix

    Remplir une DPGF : méthode, quantités et répartition des coûts

    Par Laury Alger

    Publié le · 8 min de lecture

    En bref

    Une DPGF se remplit à partir du CCTP et des plans, pas du tableau. Vérifiez chaque quantité par votre propre métré, chiffrez chaque ligne au déboursé sec, ajoutez frais de chantier, frais généraux, aléas et marge, arrondissez les prix au centime et reportez le total à l’acte d’engagement. Ne modifiez ni lignes, ni quantités, ni formules sans l’accord du RC.

    Avant la première cellule : ce que le RC permet

    La DPGF est le cadre du maître d’œuvre : vous y portez des prix, vous ne la réécrivez pas. Avant de chiffrer, cherchez dans le RC et en tête du tableau :

    • les quantités : à vérifier, corrigeables ou non, colonne de quantités de l’entreprise ;
    • les lignes : pouvez-vous en ajouter, et où ;
    • les mentions admises : « PM », « compris », prix à zéro ;
    • les PSE, obligatoires ou facultatives, et les variantes ;
    • le format de remise : fichier Excel d’origine, PDF en plus, nom du fichier ;
    • ce qui prévaut en cas d’écart entre prix unitaire, montant de ligne et acte d’engagement.

    Décidez aussi si le lot mérite ce travail : la grille Go/No-Go se remplit avant le chiffrage, pas après.

    Partir du CCTP et des plans, pas du tableau

    Lisez le CCTP avec les plans et la DPGF ouverts côte à côte, chapitre par chapitre. Chaque ligne doit renvoyer à un article du CCTP, et chaque article du CCTP trouver sa ligne. Ce qui reste orphelin est le premier piège du forfait : quand le marché renvoie au CCAG-Travaux 2021, le CCTP prime sur la décomposition du prix en cas de contradiction (article 4.1), et l’ouvrage décrit reste dû dans votre forfait.

    Cherchez en particulier :

    • les prestations des généralités du CCTP : protections, nettoyage, essais et procès-verbaux, DOE, mises en service, repérage ;
    • les limites entre lots : qui fait les saignées, les trémies, les rebouchages, les raccordements ;
    • les sujétions du site relevées à la visite : site occupé, hauteur, accès, horaires. Les prix sont réputés couvrir toutes les sujétions normalement prévisibles (article 9.1.1 du CCAG-Travaux).

    La lecture pièce par pièce est détaillée dans analyser un DCE.

    Vérifier les quantités par votre propre métré

    Un prix forfaitaire s’applique « quelles que soient les quantités livrées ou exécutées » (article R2112-6 du Code de la commande publique (nouvel onglet)). Le CCAG-Travaux 2021 ajoute que ni les écarts de quantités ni les erreurs de la décomposition ne changent ce prix (article 10.3.1 (nouvel onglet)). La quantité du maître d’œuvre ne vous protège donc pas. Refaites le métré des lignes qui pèsent le plus, avec la règle de métré du CCTP (vides déduits ou non, mesure au plan ou en œuvre), contrôlez l’unité de chaque ligne et notez la source de chaque quantité : plan, article, hypothèse.

    Trois cas se présentent :

    1. Le RC permet de corriger les quantités, ou la DPGF porte une colonne de quantités de l’entreprise : portez votre métré.
    2. Le RC l’interdit : posez une question écrite sur le profil d’acheteur, assez tôt. En procédure formalisée, l’acheteur répond au plus tard six jours avant la date limite aux questions posées en temps utile (article R2132-6). Sans correction, votre prix doit couvrir la quantité réelle.
    3. La quantité est vide, la DPGF étant « à compléter » : votre métré devient votre engagement.

    Chiffrer chaque ligne au déboursé sec

    Le déboursé sec est ce que coûte l’ouvrage, sans frais ni marge :

    • main-d’œuvre : un temps unitaire, multiplié par votre coût horaire chargé. Raisonnez en heures : un changement de taux se reporte alors partout ;
    • fournitures : prix de votre fournisseur ou d’un devis récent, pertes, chutes et conditionnement compris ;
    • matériel : nacelle, échafaudage, outillage spécifique ;
    • sous-traitance : le devis du sous-traitant, pour la partie qu’il exécute.

    Le contexte change les temps : un site occupé ou une pose en hauteur allongent les heures, un travail de nuit renchérit l’heure. Les moyens promis au mémoire technique, une équipe de plus ou une nacelle, doivent se retrouver dans ces lignes. Un même ouvrage répété dans la DPGF garde le même prix, sauf raison que vous savez expliquer.

    Exemple : une ligne, du déboursé sec au prix de vente

    Chantier fictif : réhabilitation d’une école, lot électricité. Ligne 3.4.2 : « Prise de courant 2P+T 16 A encastrée en cloison, boîte, appareillage, plaque et raccordement ; câble compté au chapitre 3.2 », 64 u à la DPGF. Taux de l’exemple, à remplacer par les vôtres.

    PosteBase de calcul€ HT par u
    Main-d’œuvre0,45 h à 42 € de coût horaire chargé18,90
    Fournituresboîte 0,95 ; prise et plaque 7,40 ; bornes et divers 0,719,06
    Matérieloutillage, perçage0,30
    Déboursé sec28,26
    Frais de chantier6 % du déboursé sec1,70
    Frais généraux14 % du coût de production (29,96)4,19
    Aléas2 % du prix de revient (34,15)0,68
    Marge6 % du prix de revient2,05
    Prix unitaire de ventecoefficient de 1,305 sur le déboursé sec36,88
    Montant de la ligne64 u2 360,32

    Le métré change tout : le CCTP prévoit 8 prises dans chacune des 8 classes, plus 4 en salle des maîtres et 3 en bibliothèque, soit 71. La DPGF a oublié les locaux communs. Sans correction ni prix ajusté, 7 prises, soit 258,16 € HT, ne vous seront pas payées. Vérifiez aussi le renvoi : si le chapitre 3.2 ne compte pas le câble de ces prises, c’est cette ligne qui doit le porter.

    Frais de chantier : une ligne dédiée ou répartis dans les prix

    Les frais de chantier sont les dépenses de ce chantier-là : installation et repli, déplacements, nacelle, bennes, nettoyage, part des dépenses communes fixée par le CCAP. Dans l’exemple, 5 760 € HT pour 96 000 € HT de déboursé sec sur le lot, d’où les 6 %. Deux façons de les placer :

    • sur la ligne « installations de chantier », quand la DPGF en porte une : le coût est visible et réglé au fil de l’exécution, car le maître d’œuvre peut calculer vos acomptes sur le pourcentage d’exécution de chaque ligne de la décomposition (article 12.1.3 du CCAG-Travaux 2021 (nouvel onglet)) ;
    • répartis dans les prix unitaires, au prorata du déboursé sec ou des heures de main-d’œuvre. Le prorata des heures est plus juste quand les déplacements pèsent plus que les matériaux.

    Le mélange est souvent le plus juste : la part fixe sur la ligne dédiée, la part qui dépend de la durée dans les prix. Ne videz pas vos prix unitaires au profit d’une seule ligne : les éléments de la décomposition, « notamment les prix d’unité contenus dans les décompositions », servent à établir les prix nouveaux quand le maître d’œuvre modifie les travaux (article 13.3 (nouvel onglet)). Un prix d’unité amaigri vous suit sur chaque ouvrage ajouté.

    Frais généraux, aléas et marge : des taux tirés de vos comptes

    Les frais généraux font tourner l’entreprise sans appartenir à un chantier : direction, bureau, véhicules non affectés, assurances, logiciels, temps passé aux études de prix. Leur taux se calcule sur les comptes du dernier exercice : dans l’exemple, 180 000 € de frais généraux pour 1 285 000 € de coût de production, soit 14 %. Les aléas couvrent ce que le dossier ne dit pas encore ; la marge rémunère le risque et le bénéfice.

    Le CCAG-Travaux 2021 présente la décomposition d’un prix forfaitaire avec, pour chaque prix d’unité, les pourcentages de frais généraux, d’impôts et taxes et de marge (article 9.3.2). Gardez les mêmes taux sur toute la DPGF, ou sachez justifier chaque exception, par exemple un taux réduit sur un gros équipement acheté pour le chantier. Des frais généraux ou une marge à zéro peuvent valoir une demande de justification d’offre anormalement basse ; votre sous-détail de prix est alors la réponse.

    Lignes « PM », « compris », PSE et variantes

    • « PM », pour mémoire : la ligne n’attend pas de prix, souvent parce qu’un autre lot ou le maître d’ouvrage la réalise. Laissez la mention.
    • « Compris » : si le RC l’admet, écrivez-le avec la ligne qui porte le coût, « compris en 3.2.1 ». Sinon, un prix. Une case vide peut rendre l’offre incomplète, donc irrégulière (article L2152-2 du Code de la commande publique), et sa régularisation n’est qu’une faculté de l’acheteur.
    • PSE : chiffrées à part, sur leurs lignes ou leur onglet, jamais fondues dans la base. Une PSE obligatoire oubliée rend l’offre irrégulière ; une PSE facultative ne peut être retenue que si vous l’avez chiffrée.
    • Variantes : autorisées par défaut depuis le 28 mai 2026, sauf mention contraire de l’avis de marché en procédure formalisée, ou des documents de la consultation en procédure adaptée (article L2151-2). Une variante a sa propre décomposition : ne la mêlez pas à la DPGF de base, et joignez les pièces que le RC demande.

    Arrondis, report à l’acte d’engagement et fichier intact

    Arrondissez chaque prix unitaire au centime avant de calculer le montant de sa ligne. Un tableur affiche deux décimales mais calcule avec toutes les autres : l’acheteur qui recalcule avec les prix affichés trouve des centimes d’écart, et sur trois cents lignes l’écart se voit. Le montant d’une ligne est le prix arrondi appliqué à la quantité ; le total, la somme des montants. Si un écart subsiste, la règle du RC tranche ; hors de cette règle, l’acheteur ne corrige pas lui-même une offre irrégulière.

    Reportez ensuite le total HT du fichier remis à l’acte d’engagement, souvent le formulaire ATTRI1 : même montant au centime, taux de TVA demandé, PSE à part si l’acte les distingue, montant d’après votre dernière reprise de prix.

    Avant de déposer, contrôlez :

    • aucune case de prix vide, hors mentions admises par le RC ;
    • numéros, désignations, unités et quantités du maître d’œuvre intacts, sans ligne ajoutée ou supprimée hors permission du RC ;
    • formules du fichier conservées, sous-totaux et total recalculés ;
    • ouvrages identiques au même prix ;
    • ratios du lot, au m² de plancher ou au logement, comparés à vos chantiers récents ;
    • total HT égal au montant de l’acte d’engagement ;
    • fichier au format demandé : Excel d’origine, et PDF si le RC l’exige.

    Avec ARAO

    Avec l’option chiffrage des formules payantes, ARAO lit le CCTP, les plans et la DPGF de l’acheteur, en Excel ou en Word, repère les colonnes sans IA, puis chiffre chaque ligne au déboursé sec : fournitures au prix de vos offres fournisseurs connues, heures multipliées par vos coûts horaires et majorées selon le contexte du chantier. Chaque ligne garde son sous-détail et l’origine de ses prix. Frais généraux, aléas et marge suivent vos taux ; les frais de chantier, déduits des heures, se répartissent au prorata du déboursé sec, des heures, ou sur une ligne dédiée du bordereau. Les quantités du fichier ne sont jamais réécrites, et leur métré de vérification reste le vôtre : l’IA ne propose une quantité, tirée des plans, que pour une ligne vide ou un forfait, à valider. ARAO compte les lignes non chiffrées de chaque onglet, signale les lignes identiques aux prix divergents, affiche l’écart d’arrondi, puis réécrit les prix dans le fichier de l’acheteur. Les plans DWG ne sont pas lus, un bordereau PDF ne se remplit pas, et ARAO s’arrête au dépôt : acomptes et prix nouveaux restent hors de son champ. Coût : un crédit par tranche entamée de 100 lignes, voir les tarifs. Détail : chiffrage DPGF, DQE et BPU.

    Structure de prix d’un chiffrage de DPGF dans ARAO : frais généraux et aléas en pourcentage avec leur assiette, composition du prix de vente et écart d’arrondi
    La structure de prix d’un lot

    Questions fréquentes

    Posez la question par écrit sur le profil d’acheteur pendant la consultation, en citant la ligne, le plan et l’article du CCTP. Si le RC permet de corriger les quantités, ou si la DPGF prévoit une colonne de quantités de l’entreprise, portez-y votre métré. Sinon, gardez la quantité du maître d’œuvre et faites couvrir la quantité réelle par votre prix : en prix forfaitaire, l’écart ne vous sera pas payé.

    Une ligne marquée « PM », pour mémoire, par le maître d’œuvre n’attend pas de prix : laissez la mention. Pour un ouvrage déjà chiffré ailleurs, écrivez « compris » et la ligne qui en porte le coût, seulement si le RC l’admet. Sinon, portez un prix. Une case de prix vide peut rendre l’offre incomplète, donc irrégulière.

    Sur la ligne « installations de chantier » si la DPGF en prévoit une, au moins pour la part fixe : installation, repli, base vie. Le reste, surtout les déplacements, se répartit dans les prix unitaires, au prorata du déboursé sec ou des heures. Évitez de tout charger sur une seule ligne : les prix d’unité de la DPGF servent aussi à chiffrer les modifications en cours de chantier.

    Sur les comptes du dernier exercice : additionnez les frais de structure (direction, bureau, véhicules non affectés, assurances, logiciels, temps passé aux études de prix) et rapportez-les à l’assiette sur laquelle vous les appliquerez, déboursé sec ou coût de production. Mettez le taux à jour chaque année. Des frais généraux ou une marge à zéro attirent l’attention de l’acheteur sur un prix d’appel.

    Oui, au centime, hors taxes, avec le taux de TVA demandé, et les PSE à part si l’acte d’engagement les distingue. Un écart conduit l’acheteur à vous interroger, et le RC peut dire quelle pièce prévaut. Reportez le total du fichier remis, pas celui de votre feuille de calcul, et refaites ce report après chaque reprise de prix.

    Seulement si le RC le permet, par exemple dans un chapitre réservé aux prestations ajoutées par l’entreprise. Sinon, ne touchez pas à la structure : ajouter, supprimer ou renommer des lignes peut rendre l’offre irrégulière. Signalez l’oubli par une question écrite pendant la consultation, et faites entrer son coût dans la ligne la plus proche, en gardant la trace dans votre sous-détail.

    Sources

    Textes et faits vérifiés le 01/10/2026. Cet article présente la règle générale : les pièces de chaque consultation (RC, CCAP) font foi. Rédaction assistée par l’IA, relue et validée par Laury Alger le 02/10/2026.

    L’auteur

    Portrait de Laury Alger

    Laury Alger

    Président et fondateur de NEURALPHA

    Je baigne dans le BTP depuis tout petit : mon père possède une entreprise, et j’ai commencé à travailler sur les chantiers à 14 ans. Je me suis ensuite formé pour prendre des responsabilités : j’ai été ouvrier, technicien, chargé d’affaires, puis j’ai eu ma propre entreprise pendant un peu moins de trois ans.

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