Remplir un BPU : des prix unitaires qui tiennent quelles que soient les quantités

Par Laury Alger
Publié le · 8 min de lecture
En bref
Un BPU se remplit ligne par ligne avec un prix unitaire hors taxes qui couvre tout ce que la ligne décrit, frais généraux et marge compris. Ce prix sera payé sur les quantités réellement exécutées, quelles qu’elles soient. Gardez la trame et les unités de l’acheteur, écrivez le prix en lettres sans écart avec les chiffres, ne laissez aucune ligne vide et reportez les mêmes prix au DQE.
Ce que paie un prix unitaire
Le BPU donne un prix par unité d’ouvrage : le mètre carré de dallage, le mètre linéaire de bordure, la tonne d’enrobé, le regard posé. Il ne dit pas combien d’unités seront exécutées ; c’est le DQE qui les estime. Selon l’article R2112-6 du Code de la commande publique (nouvel onglet), un prix unitaire s’applique « aux quantités réellement livrées ou exécutées ». Votre prix sera donc payé sur la quantité réelle, petite ou grande. La logique des trois bordereaux est détaillée dans les différences entre DPGF, BPU et DQE.
Quand le marché se réfère au CCAG-Travaux 2021, son article 9.1.1 (nouvel onglet) fixe ce que contient ce prix :
- toutes les dépenses de la prestation, les frais généraux, les impôts et taxes, et une marge pour risques et bénéfice ;
- les sujétions normalement prévisibles : utilisation du domaine public, phénomènes naturels, canalisations et câbles en place, élimination des déchets de chantier, autres ouvrages réalisés en même temps ;
- aucune fourniture du maître d’ouvrage : les prix sont « réputés avoir été établis en considérant qu’aucune prestation n’est à fournir par le maître d’ouvrage ». L’eau et l’électricité de chantier, les bennes ou les protections sont dans vos prix, sauf ligne dédiée ou clause contraire du CCAP.
Les prix s’entendent hors TVA. Avant de chiffrer, lisez la définition de chaque prix : dans le BPU lui-même, où un prix de travaux publics commence souvent par « ce prix rémunère… », ou au CCTP. Ce qui y figure est payé dans ce prix ; ce qui n’y figure pas l’est dans une autre ligne, ou nulle part. Si le RC exige des sous-détails de prix, chacun doit retomber exactement sur le prix remis.
Garder la trame, les unités et les numéros de l’acheteur
Le fichier du BPU appartient à l’acheteur : vous remplissez la colonne des prix, rien d’autre. N’ajoutez, ne supprimez et ne renommez aucune ligne, ne changez ni une unité ni un numéro de prix. Un bordereau remanié ne se compare plus aux autres, et l’offre risque d’être jugée irrégulière.
L’unité est le piège le plus coûteux, parce qu’elle ne se voit pas à la relecture des montants. Exemple sur un lot de voirie fictif : vous raisonnez au mètre carré et chiffrez l’enrobé BBSG 0/10 en 6 cm à 18,43 € HT le m². La ligne du BPU est à la tonne. À 6 cm d’épaisseur et environ 2,4 t par m³, un mètre carré pèse 0,144 t : le bon prix est de 128 € HT la tonne. Saisi tel quel, votre prix de 18,43 € serait payé à la tonne, soit environ 2,65 € le mètre carré posé.
Mêmes confusions fréquentes : ml et m² pour des plinthes ou des bandes, kg et t pour des aciers, u et ens pour un équipement livré avec ses accessoires, h pour un prix de régie qui doit couvrir l’ouvrier, son véhicule et son outillage.
Si une unité, une désignation ou une quantité vous semble fausse, ou s’il manque une ligne, posez la question sur le profil d’acheteur, dans le délai fixé par le RC : l’acheteur peut corriger le dossier pour tous les candidats. Sans correction, chiffrez la ligne telle qu’elle est écrite, sans réserve. Repérer ces écarts fait partie de la lecture pièce par pièce du DCE.
Écrire le prix en lettres sans écart avec les chiffres
Beaucoup de BPU demandent chaque prix deux fois : en chiffres et en toutes lettres. Ce doublon a une raison : en cas de discordance, de nombreux RC font prévaloir le prix en lettres et recalculent le DQE avec lui. Ni le Code de la commande publique ni le CCAG-Travaux ne fixent cette règle : c’est le RC de chaque consultation qui la donne, et certains font prévaloir les chiffres. Cherchez-y les mots « discordance » ou « prévaudront ».
Exemple : « bordure T2 posée sur fondation béton », 46,00 € HT le ml en chiffres, « soixante-quatre euros » en lettres. Si le RC fait prévaloir les lettres, votre prix est de 64 € et le DQE est recalculé avec lui : sur 310 ml, votre total augmente de 5 580 € HT, de quoi perdre la première place.
Trois règles évitent ce piège :
- écrivez les lettres en dernier, une fois les chiffres arrêtés, jamais à partir d’une version précédente ;
- arrondissez chaque prix au centime dans la cellule elle-même, pas seulement à l’affichage : le prix imprimé doit être celui que le DQE multiplie ;
- faites relire les deux colonnes côte à côte par quelqu’un qui n’a pas chiffré.
Accord-cadre à bons de commande : chiffrer la taille réelle des commandes
En accord-cadre à bons de commande, le BPU est toute votre offre. L’accord-cadre est conclu avec un minimum et un maximum, ou avec un maximum seul (article R2162-4 du Code de la commande publique (nouvel onglet)). Seul le minimum engage l’acheteur : sans minimum, il peut commander peu. Chaque bon fixe les prestations et leurs quantités, et il est émis sans négociation (articles R2162-13 et R2162-14). Le DQE n’y est qu’une commande type.
Votre prix unitaire s’applique donc à chaque bon, quelle que soit sa taille. Exemple fictif, un accord-cadre d’entretien de voirie : le prix « dépose et repose de bordure T2 » est chiffré sur un chantier de 150 ml. Déboursé variable : 57,60 € le mètre. Frais fixes par intervention (amenée de la mini-pelle, signalisation, déplacement de l’équipe) : 600 €, soit 4 € le mètre. Prix de vente : 77 € HT le ml. Un bon de 8 ml devant une école rapporte 616 € HT ; il coûte 460,80 € de déboursé variable et les mêmes 600 € de frais fixes, soit 1 060,80 €.
Pour ne pas travailler à perte sur les petits bons :
- cherchez au BPU une ligne d’amenée et de repli par bon ou une plus-value pour petite quantité, et au CCAP un montant minimal de commande ;
- à défaut, chiffrez sur la taille probable d’un bon, pas sur la quantité du DQE, et demandez à l’acheteur ses commandes des années passées ;
- sachez que l’article 16 du CCAG-Travaux, qui indemnise les fortes variations de quantités, « ne concerne pas les accords-cadres à bons de commande » (article 16.4) : rien ne vous couvre si les bons sont plus petits ou moins nombreux que prévu ;
- sur plusieurs années, lisez la clause de révision des prix : un prix ferme vous laisse seul face aux hausses.
Prix déséquilibrés : le pari sur les quantités du DQE
Le DQE pondère vos prix par les quantités de l’acheteur. La tentation est connue : baisser les prix des lignes à forte quantité pour faire baisser le total, puis se rattraper sur les lignes à faible quantité, que l’on croit plus utilisées à l’exécution. C’est un pari sur des quantités que vous ne maîtrisez pas.
- Si les quantités réelles suivent le DQE, les lignes bradées sont exécutées en volume, et à perte.
- Un prix très bas sur une seule prestation n’entraîne pas, à lui seul, le rejet de l’offre comme anormalement basse : selon la fiche de la DAJ sur l’offre anormalement basse (nouvel onglet), le caractère anormalement bas s’apprécie sur le prix global. L’acheteur peut néanmoins vous interroger, et il exige des justifications dès que l’offre lui semble anormalement basse (article L2152-6) : voir l’offre anormalement basse.
- Les lignes du BPU sans quantité au DQE ne pèsent pas dans le total : il est tentant de les brader. Mais si l’acheteur les commande, elles sont payées à ce prix, et l’article 16.2 du CCAG-Travaux (nouvel onglet) exclut toute indemnité pour ces prix, sauf si les travaux exécutés à ces prix dépassent 5 % du montant du marché. Chiffrez-les comme les autres.
- Un prix à zéro est un vrai prix : la prestation commandée sera faite gratuitement.
Même un prix honnête porte un risque : les frais fixes dilués dans les prix unitaires (installation, encadrement, amenée du matériel) se perdent quand les quantités baissent. Quand le BPU prévoit une ligne d’installation de chantier, mettez-les là.
Les erreurs qui coûtent un marché ou une marge
| Erreur | Ce qu’elle coûte | Parade |
|---|---|---|
| Ligne vide, « PM » ou « compris » non admis | Offre incomplète, donc irrégulière | Un prix par ligne |
| Unité mal lue (tonne ou m²) | Prix payé sans rapport avec le coût | Relire l’unité et la définition du prix |
| Lettres différentes des chiffres | Le RC fait souvent prévaloir les lettres | Lettres écrites en dernier, relues |
| Prix différent au BPU et au DQE | DQE recalculé, classement changé | Une seule source pour les prix |
| Ligne ajoutée ou renommée | Offre non conforme à la trame | Question à l’acheteur |
| Prix d’un ancien marché recopié | Coûts du jour non couverts | Repartir du déboursé sec actuel |
| Déplacements oubliés en bons de commande | Petits bons à perte | Hypothèse de taille de bon |
| Prix TTC dans une colonne HT | Offre surévaluée | Lire l’en-tête de colonne |
| PDF seul quand le RC veut le fichier | Offre non conforme au RC | Rendre le fichier demandé |
Une ligne de BPU non renseignée a déjà suffi à rendre une offre irrégulière : la fiche de la DAJ sur l’examen des offres (nouvel onglet) cite une rubrique « rampe d’accès Personnes à mobilité réduite » laissée vide. L’acheteur peut autoriser une régularisation, mais ce n’est pour lui qu’une faculté.
Contrôler le BPU avant l’envoi
Une liste à suivre dans l’ordre, sur le fichier final :
- Chaque ligne porte un prix, ou la mention que le RC admet.
- Le nombre de lignes, les numéros, les désignations et les unités sont ceux du fichier d’origine.
- Le prix en lettres dit la même chose que le prix en chiffres, ligne par ligne.
- Chaque prix est arrondi au centime dans sa cellule.
- Les ouvrages identiques, au même libellé et à la même unité, portent le même prix, ou un écart voulu.
- Les sous-détails exigés retombent sur les prix remis.
- Le DQE reprend exactement les mêmes prix, numéro par numéro : la méthode est dans remplir et contrôler un DQE.
- Les prix sont hors TVA, dans le format de fichier exigé par le RC.
- Une autre personne que celle qui a chiffré a relu les lignes qui pèsent le plus.
Avec ARAO
Avec l’option chiffrage des formules payantes, ARAO lit le BPU de l’acheteur en Excel ou en Word, repère ses colonnes sans IA, puis vous validez ce repérage. L’IA lit le CCTP et les plans et chiffre chaque ligne au déboursé sec : fournitures au prix de vos offres fournisseurs connues, ou à défaut estimées par l’IA et signalées comme telles, heures multipliées par vos coûts horaires. Chaque ligne garde son sous-détail et l’origine de chaque prix ; frais de chantier, frais généraux, aléas et marge restent à votre main. La synthèse du prix liste les ouvrages au libellé et à l’unité identiques dont les déboursés s’écartent de plus de 10 %. « Générer le Excel » écrit vos prix dans le fichier de l’acheteur, et ces prix se reportent sur le DQE du même lot.
ARAO n’écrit pas les prix en lettres, ne remplit pas un BPU en PDF et ne signale ni prix déséquilibré ni risque d’offre anormalement basse. Le chiffrage coûte un crédit par tranche entamée de 100 lignes ; l’export et le report vers le DQE n’en consomment aucun. Le prix de l’option est sur la page Tarifs. Détails : chiffrage des DPGF, DQE et BPU.

Questions fréquentes
Sources
- Code de la commande publique, article R2112-6 (nouvel onglet)
- CCAG-Travaux 2021, article 9 (nouvel onglet)
- CCAG-Travaux 2021, article 16 (nouvel onglet)
- Code de la commande publique, article R2162-4 (nouvel onglet)
- DAJ, fiche technique « L’examen des offres » (mise à jour du 1er avril 2019) (nouvel onglet)
- DAJ, fiche technique « L’offre anormalement basse » (mise à jour du 18 avril 2019) (nouvel onglet)
Textes et faits vérifiés le 01/10/2026. Cet article présente la règle générale : les pièces de chaque consultation (RC, CCAP) font foi. Rédaction assistée par l’IA, relue et validée par Laury Alger le 02/10/2026.
