Planning du mémoire technique : délais, chemin critique et aléas de chantier

Par Laury Alger
Publié le · 8 min de lecture
En bref
Le planning du mémoire technique prouve que le délai du marché tient : période de préparation comprise, durées tirées des quantités et de vos cadences, visas et fabrication comptés, journées d’intempéries prévues par le CCAP, jalons soumis à pénalités. Présentez une synthèse dans le corps du mémoire, le diagramme détaillé en annexe, et pour chaque aléa sérieux un signal, une réponse et un décideur.
Ce que le planning du mémoire doit prouver
L’analyste ne note pas un dessin : il cherche la preuve que le délai du marché tient, avec vos moyens, sur ce site. Le délai d’exécution peut même être un critère d’attribution à part entière, comme la sécurité des approvisionnements (article R2152-7 du Code de la commande publique (nouvel onglet)) ; le plus souvent, le planning est un sous-critère de la valeur technique, jugé sur le mémoire technique. Quatre preuves comptent :
- le délai du marché est respecté, période de préparation et jalons compris ;
- chaque durée découle d’une quantité et d’une cadence, pas d’une case remplie à l’œil ;
- ce qui ne dépend pas de vous est repéré : visas, livraisons, locaux libérés, autres lots, météo ;
- chaque aléa sérieux a sa réponse préparée.
Ce planning d’exécution n’a rien à voir avec le calendrier de votre réponse à la consultation, traité dans tenir les délais de réponse. L’ordre des tâches sur le site relève de la méthodologie d’exécution.
Partir des délais du marché : préparation, ordre de service, jalons
Relevez dans l’acte d’engagement, le CCAP et le planning prévisionnel du DCE : le délai global, la durée de la période de préparation, les délais partiels et dates limites, les périodes imposées (vacances scolaires, fermeture d’un service), les journées d’intempéries prévisibles et les pénalités attachées à chaque délai.
Avec le CCAG-Travaux 2021, le délai d’exécution du marché comprend la période de préparation (article 18.1.1 (nouvel onglet)), fixée à deux mois sauf autre durée prévue par les documents particuliers (article 28.1 (nouvel onglet)). Les travaux démarrent sur un ordre de service, une fois les tâches préparatoires achevées. Un planning qui place les premiers travaux le jour de la notification se trompe donc de deux mois, et l’analyste le voit.
La date de départ reste incertaine. Pour les consultations lancées depuis le 1er janvier 2023, le titulaire ne peut se prévaloir d’aucun préjudice si l’ordre de service de démarrage intervient dans les quatre mois qui suivent la notification (article 18.1.1). Numérotez donc vos semaines à partir de l’ordre de service (S1, S2…) et ne donnez de dates de calendrier que pour les périodes imposées par le DCE.
Sur un chantier alloti, votre délai se loge dans le calendrier prévisionnel commun à tous les lots, puis dans le calendrier détaillé établi pendant la préparation (articles 18.1.4 et 28.2.3) : reprenez les dates d’intervention prévues pour votre lot.
Des durées tirées des quantités et des cadences
Une durée se calcule : la quantité du bordereau divisée par la cadence d’une équipe, plus les temps morts connus (séchage, essais, mise en service, nettoyage). Tenez vos cadences à partir de vos chantiers récents, par ouvrage et par équipe : ce sont elles qui rendent le planning crédible, et elles se défendent si l’acheteur pose la question.
Deux contrôles avant d’aller plus loin :
- les heures : la durée, multipliée par l’effectif et par les heures de la semaine, doit retrouver les heures de main-d’œuvre de votre DPGF. 8 semaines à 4 compagnons sur 35 heures font 1 120 heures ; si le déboursé n’en compte que 900, le planning ou le prix est faux ;
- les enchaînements : ce qui attend quoi. Un enduit attend son support, un essai attend la fin d’un réseau, un revêtement attend le séchage de la chape.
Le chemin critique est la suite de tâches sans marge : un jour perdu sur l’une d’elles est un jour de retard à la fin. Montrez-le en couleur et dites ce qui le protège. Les tâches qui ont du jeu absorbent les petits aléas sans conséquence sur le délai.
Visas et approvisionnements : le chemin critique caché
En second œuvre et en lots techniques, le chemin critique passe souvent par les bureaux avant le chantier. Avec le CCAG-Travaux, les plans d’exécution et notes de calcul passent au visa du maître d’œuvre, qui dispose de quinze jours ; s’il demande des compléments, vous avez le même délai pour les fournir, et vous ne commencez un ouvrage qu’après le visa favorable (article 29.1.5 (nouvel onglet)). Viennent ensuite la commande et la fabrication.
Comptez à rebours pour un ouvrage fabriqué sur mesure :
- relevés sur place : une semaine ;
- plans d’exécution et fiches produits : deux semaines ;
- visa : quinze jours, et quinze de plus en cas de reprise ;
- fabrication et livraison : le délai écrit de votre fournisseur, pas son délai habituel.
Le total dépasse vite deux mois. Si c’est le cas, dites-le et montrez comment vous tenez la date : relevés lancés dès la notification, fiches produits et échantillons présentés tôt, fournisseur engagé par écrit sur son délai. Un approvisionnement long sur un matériau aux cours instables pèse aussi sur votre prix : regardez si le marché prévoit une révision des prix.
Intempéries et pénalités : ce qui reste à votre charge
Au sens du Code du travail, les intempéries sont les conditions atmosphériques et les inondations qui rendent le travail dangereux ou impossible, pour la santé ou la sécurité des salariés, ou du fait de la nature ou de la technique du travail (article L5424-8 (nouvel onglet)). Une pluie qui n’arrête pas le travail ne compte pas. Le CCAG-Travaux prolonge le délai du nombre de journées d’arrêt réellement constatées, diminué des journées d’intempéries prévisibles fixées par les documents particuliers ; les samedis, dimanches et jours fériés compris dans la période s’y ajoutent (article 18.2.3). Si le CCAP prévoit 8 journées prévisibles et que 11 journées d’arrêt sont constatées, le délai n’est prolongé que de 3 journées, plus les jours non travaillés de la période. Les 8 premières sont à vous : montrez-les dans le planning, en marge identifiée, au lieu de les cacher dans les durées.
Les pénalités se lisent avant de dessiner :
- sans dérogation du CCAP, 1/3 000 du montant HT par jour de retard, plafonné à 10 % du montant, et rien à payer si le total ne dépasse pas 1 000 € (article 19.2 (nouvel onglet)) ;
- les samedis, dimanches et jours fériés ne sont pas déduits (article 19.1.1) : une semaine de retard coûte sept jours ;
- les pénalités d’un délai partiel sont remboursées si le délai global est tenu, à condition que le retard partiel n’ait pas eu d’effet sur les autres travaux (article 19.2.5) : un jalon dont dépendent les autres lots a presque toujours cet effet ;
- beaucoup de CCAP remplacent ces règles par un montant fixe par jour, parfois sans plafond : leur dernier article récapitule les dérogations au CCAG.
Le plan de secours : un aléa, un signal, une réponse
« Toutes les dispositions seront prises en cas d’aléa » ne rapporte aucun point. Choisissez les trois à cinq aléas qui menacent vraiment ce délai : ceux du chemin critique, ceux que la visite de site ou les pièces du DCE laissent prévoir (voir repérer les risques du DCE). Pour chacun, quatre informations : le signal qui le révèle tôt, la réponse prévue, qui décide et sous quel délai. La réponse doit exister : un renfort se nomme (quelle équipe, à partir de quand), un second fournisseur se cite, un repli sur d’autres tâches se voit dans le phasage. Et elle se chiffre : un renfort, une bâche provisoire ou une astreinte entrent dans vos aléas ou vos frais de chantier.
Écrivez ce qui dépend des autres comme un fait tiré du DCE, jamais comme une condition : « les salles sont libérées selon le calendrier du CCTP », pas « sous réserve de la libération des salles ». Une réserve peut rendre l’offre irrégulière. Si l’acheteur ou un autre lot vous retarde, le CCAG prévoit la prolongation du délai, notamment pour des difficultés imprévues ou un retard de travaux préalables relevant d’un autre marché (article 18.2.2) : elle se décide en cours de chantier, par ordre de service, pas dans le mémoire.
Exemple : le planning d’un lot de couverture-étanchéité
Exemple fictif : lot 04 « couverture et étanchéité » de la rénovation d’un gymnase, 1 200 m² de toiture-terrasse à refaire en deux zones de 600 m², estimé à 240 000 € HT. L’acte d’engagement fixe 5 mois, dont 2 de préparation, soit 13 semaines de travaux. Le CCAP prévoit 8 journées d’intempéries prévisibles et 300 € de pénalité par jour de retard, sur le délai global comme sur le jalon « gymnase hors d’eau » fixé à la fin de la semaine 11, dont dépendent les sols sportifs.
Cadence retenue : une équipe de quatre refait 150 m² par semaine, dépose, isolant, étanchéité et relevés compris. Les 1 200 m² demandent 8 semaines, soit 1 120 heures à retrouver dans le déboursé.
| Semaines | Tâches | Condition | Marge |
|---|---|---|---|
| Préparation | Relevés, plans, fiches produits, visa, commande, PPSPS | Visa en 15 jours, livraison en 3 semaines | Une semaine si le visa passe du premier coup |
| S1 | Installation, garde-corps, levage | Ordre de service | Aucune |
| S2 à S5 | Zone A : dépose, isolant, étanchéité, relevés | Isolants livrés | Aucune : chemin critique |
| S6 à S9 | Zone B : même séquence | Zone A hors d’eau | Aucune : chemin critique |
| Fin de S9 | Gymnase hors d’eau | Jalon en fin de S11 | 10 jours ouvrés pour 8 journées prévisibles |
| S10 et S11 | Couvertines, essais à l’eau, réserves internes | Zone B achevée | Absorbe les intempéries |
| S12 et S13 | Réception, repli, réserve de délai | Aucune | Deux semaines |
Le plan de secours de ce lot :
| Aléa | Signal | Réponse prévue | Qui décide |
|---|---|---|---|
| Pluie ou vent fort | Prévision à 48 h | Zone ouverte refermée chaque soir par une étanchéité provisoire | Chef d’équipe, la veille |
| Visa refusé | Observations du maître d’œuvre | Reprise sous 5 jours ouvrés, dépose de la zone A avancée | Conducteur de travaux |
| Isolants en retard | Pas de date ferme 10 jours avant | Second fournisseur, produit déjà présenté au visa | Conducteur de travaux, le jour même |
| Support dégradé | Constat à la dépose | Arrêt de la zone, constat avec le maître d’œuvre, travail sur l’autre zone | Conducteur de travaux, sous 24 h |
Sans les deux semaines de marge avant le jalon, deux semaines de retard sur le hors d’eau coûteraient 14 jours, samedis et dimanches compris, soit 4 200 € HT. Et comme les sols sportifs attendent la mise hors d’eau, ces pénalités ne seraient pas remboursées même si le délai global était tenu.
Présenter le planning dans le mémoire
Dans le corps du mémoire, sous l’intitulé exact du sous-critère :
- un tableau de synthèse : phases, durées en semaines, jalons, marges ;
- les hypothèses : semaine 1 égale à l’ordre de service de démarrage, cadences retenues, journées d’intempéries prévues ;
- le chemin critique nommé, et ce qui le protège ;
- le plan de secours, en tableau.
En annexe, si le règlement de la consultation l’admet : le diagramme détaillé, lisible imprimé en A3, avec la même numérotation des semaines. Sa place dans le plan du mémoire est décrite dans le plan type du mémoire.
Avant le dépôt, vérifiez :
- le même délai dans l’acte d’engagement, le planning et la méthodologie ;
- la période de préparation comprise dans le délai, avec relevés, visas et commandes ;
- les périodes imposées et les dates d’intervention du lot respectées ;
- les heures du planning rapprochées des heures du bordereau ;
- les journées d’intempéries prévisibles visibles ;
- aucune réserve ni condition sur le délai.
Avec ARAO
Le Go/No-Go, gratuit, relève dans le DCE la durée du marché, les pénalités et les conditions financières. Parmi ses 25 critères préconçus, « Faisabilité du planning » note, si vous le retenez, le réalisme du délai global, des délais partiels et des jalons au regard des quantités, des cadences, de la préparation et des intempéries. Au dépôt du DCE, le planning prévisionnel est reconnu et rangé à part. Dans les formules payantes, le premier jet du mémoire s’appuie sur le RC, le CCTP, le CCAP et le PGC ; vous reprenez la partie planning dans le chat, pour 1 crédit par mémoire. ARAO ne dessine pas de diagramme de Gantt et ne contrôle ni vos cadences ni vos heures : le planning se construit dans votre outil et s’ajoute au mémoire comme image. Voir la rédaction du mémoire technique dans ARAO.

Questions fréquentes
Sources
- CCAG-Travaux 2021, article 18 (nouvel onglet)
- CCAG-Travaux 2021, article 19 (nouvel onglet)
- CCAG-Travaux 2021, article 28 (nouvel onglet)
- CCAG-Travaux 2021, article 29 (nouvel onglet)
- Code du travail, article L5424-8 (nouvel onglet)
- Code de la commande publique, article R2152-7 (nouvel onglet)
Textes et faits vérifiés le 02/10/2026. Cet article présente la règle générale : les pièces de chaque consultation (RC, CCAP) font foi. Rédaction assistée par l’IA, relue et validée par Laury Alger le 02/10/2026.
