Méthodologie d’exécution : organiser et décrire le chantier dans le mémoire

Par Laury Alger
Publié le · 8 min de lecture
En bref
La méthodologie d’exécution décrit comment ce chantier-là se déroulera : installation, phases et basculements, modes opératoires des ouvrages délicats, interfaces avec les autres lots, réunions et suivi. Écrivez-la comme le programme d’exécution que le maître d’œuvre visera après la notification : des faits situés, datés et vérifiables, que votre équipe tiendra et que votre prix finance.
Ce que la méthodologie doit montrer à l’analyste
Qu’il s’intitule « méthodologie », « organisation du chantier » ou « moyens et méthodes », ce sous-critère du règlement de la consultation note en général la même chose : votre capacité à exécuter ce chantier-là, sur ce site, dans ce délai. L’analyste cherche la réponse à quatre questions. Où vous installez-vous ? Dans quel ordre travaillez-vous, et qu’est-ce qui reste en service pendant ce temps ? Comment réalisez-vous les ouvrages délicats ? Comment vous coordonnez-vous avec les autres lots et le maître d’œuvre ?
Un repère pour le niveau de détail : après la notification, le titulaire établit un programme d’exécution qui précise les matériels, les méthodes et le calendrier, avec le projet des installations de chantier en annexe, et le soumet au visa du maître d’œuvre pendant la période de préparation (article 28.2 du CCAG-Travaux 2021 (nouvel onglet)). Une bonne méthodologie en est le premier état. Quand le marché renvoie au CCAG-Travaux, l’offre technique figure en outre parmi les pièces contractuelles (article 4.1 (nouvel onglet)) : ce que vous décrivez, vous le devez.
Cet article ne traite que la méthode. Les durées et les aléas relèvent du planning du mémoire, l’équipe et le matériel des moyens et références, la place de chaque partie du plan du mémoire technique, et la façon d’écrire de rédiger le mémoire technique.
L’installation de chantier, dessinée et datée
L’analyste regarde d’abord le plan d’installation : une vue du site annotée vaut une page de texte. Elle montre :
- la base vie (vestiaires, sanitaires, réfectoire) ou la part que vous utilisez d’une base commune ;
- les accès des véhicules et des piétons du chantier, séparés de ceux des usagers ;
- les zones de livraison et de stockage, avec les créneaux de livraison ;
- la clôture, la signalisation et l’affichage ;
- les branchements provisoires d’eau et d’électricité, et leur point de départ ;
- les bennes et le circuit d’évacuation des déchets ;
- la date du repli et la remise en état des lieux.
Trois points à vérifier avant de dessiner. Sur un chantier alloti, les obligations d’installation, de sécurité et d’hygiène sont réparties entre les titulaires par les documents particuliers du marché, notamment le plan général de coordination (PGC) (article 31.12 du CCAG-Travaux (nouvel onglet)) : décrivez la part de votre lot, pas une base vie que le lot gros œuvre fournit déjà. Ensuite, l’établissement et l’entretien de vos installations sont à votre charge (article 31.1.2) : ce que vous dessinez entre dans vos frais de chantier. Enfin, près de lieux habités ou fréquentés, vous devez réduire autant que possible les gênes des usagers et des voisins : difficultés d’accès, bruit, vibrations, poussières (article 31.8). Sur un site occupé, une bonne part de la note se joue là.
Un phasage qui suit le chantier réel
Découpez le chantier comme il se déroulera, pas comme le CCTP est rédigé. Une phase se définit par :
- une zone : aile, niveau, façade, tronçon de voirie ;
- ce qui doit être fait avant d’y entrer : locaux libérés, coupure accordée, plans visés, matériaux livrés ;
- sa durée et l’équipe qui l’exécute ;
- ce qui reste en service pendant ce temps : circulations, chauffage, eau, issues de secours ;
- la condition pour passer à la suivante : zone rendue propre, essai réussi, local remis à l’usager.
Si le DCE contient un phasage ou un planning prévisionnel, partez de lui et détaillez-le : ne le réinventez pas. Sur un chantier en lots séparés, votre délai s’inscrit dans un calendrier prévisionnel fixé par le maître d’ouvrage pour tous les corps d’état, puis confirmé ou modifié pendant la préparation (article 18.1.4 du CCAG-Travaux (nouvel onglet)). Le calendrier détaillé est ensuite élaboré par le responsable de l’ordonnancement, du pilotage et de la coordination (OPC), en concertation avec les titulaires des lots (article 28.2.3). Montrez que votre phasage tient dans ces dates et qu’il sait s’y adapter.
Un schéma par phase, la zone en travaux en couleur et les circulations des usagers tracées, remplace avantageusement deux pages de texte.
Des modes opératoires pour les ouvrages qui comptent
Ne décrivez pas tout le CCTP : son auteur le connaît. Choisissez trois à cinq ouvrages : ceux qui pèsent le plus dans le prix, ceux qui touchent l’existant ou les usagers, ceux dont l’échec coûte cher. Pour chacun :
- la préparation : relevés, plans d’exécution, échantillon ou ouvrage témoin si le CCTP en demande ;
- la séquence : dépose, protection, pose, raccordement, finitions ;
- le matériel employé et la raison de ce choix : nacelle plutôt qu’échafaudage, outillage avec aspiration ;
- le contrôle avant de passer à la suite : autocontrôle, essai, accord du maître d’œuvre ;
- ce que subit l’usager : bruit, poussière, coupure, et pour combien de temps.
Employez les mots du CCTP et les normes qu’il cite. Le CCAG distingue les points critiques, où vous prévenez le maître d’œuvre pour qu’il puisse assister, et les points d’arrêt, que vous ne franchissez qu’avec son accord exprès (article 28.4.2) : en proposer aux étapes à risque montre que vous connaissez l’ouvrage. Une autre solution technique ne se glisse pas dans un mode opératoire : elle se propose en variante, avec sa justification.
Interfaces avec les autres lots : écrire qui fait quoi
Sur un chantier alloti, les différends naissent aux limites de prestations. Relevez dans votre CCTP, et dans ceux des lots voisins qui sont au DCE, les articles « limites de prestations » ou « travaux dus par les autres lots », puis présentez les interfaces de votre lot :
| Interface | Prépare | Termine | Moment à caler |
|---|---|---|---|
| Réservations et trémies | Gros œuvre ou plâtrerie, sur vos plans | Votre lot | Avant coulage ou fermeture |
| Saignées et rebouchages | Votre lot | Plâtrerie ou peinture | Avant les enduits |
| Supports et fixations | Gros œuvre ou charpente | Votre lot | Constat écrit avant la pose |
| Raccordements | Lot qui alimente | Lot qui raccorde | Essais communs |
Dites aussi comment elles se règlent : plans de réservation transmis à date fixe, réunion de synthèse avant la fermeture des cloisons, constat écrit de réception des supports. Beaucoup de CCTP imposent de vérifier les supports avant de poser : un support accepté sans observation écrite engage ensuite celui qui pose dessus.
Réunions et suivi : des engagements qui ont un coût
L’organisation du suivi se décrit à trois niveaux :
- avec le maître d’œuvre : la réunion de chantier, souvent hebdomadaire, où votre représentant assiste avec le pouvoir de décider. Dès la notification, vous désignez une ou plusieurs personnes habilitées à vous représenter, réputées disposer des pouvoirs nécessaires pour engager l’entreprise (article 3.4.1 du CCAG-Travaux (nouvel onglet)) : nommez-la dans le mémoire ;
- dans votre équipe : le point du matin du chef de chantier, la visite du conducteur de travaux, la remontée d’un aléa (qui alerte qui, sous quel délai) ;
- vers l’établissement et les usagers : préavis des coupures et des journées bruyantes, interlocuteur unique, affichage.
Citez les documents que vous produirez : fiches d’autocontrôle, plans tenus à jour pour le DOE, tableau de levée des réserves. Le registre de chantier peut prendre la forme d’une plateforme numérique commune quand les documents particuliers du marché le prévoient (article 28.5) : le CCAP dit alors comment y déposer vos documents.
Chaque promesse se chiffre. Exemple : une réunion hebdomadaire de deux heures, plus une heure de trajet, pendant les 14 semaines d’un lot, c’est 42 heures de conducteur de travaux ; à 58 € de coût horaire, 2 436 € HT. Un compte rendu photo chaque vendredi, un nettoyage quotidien des circulations, un compagnon de plus pour tenir un rythme : tout ce que la méthodologie annonce doit se retrouver dans le sous-détail de vos prix ou vos frais de chantier (voir remplir la DPGF).
Exemple : un lot de menuiseries extérieures en collège occupé
Exemple fictif : lot 03 « menuiseries extérieures aluminium » de la rénovation d’un collège occupé, estimé à 186 000 € HT. 96 fenêtres à remplacer : 88 dans 22 salles de classe, 8 dans les circulations et les escaliers. Le RC note « méthodologie et organisation en site occupé » sur 20 points. La visite de site a montré un seul portail, partagé avec les cars scolaires, et des radiateurs sous les allèges.
Rythme retenu : une équipe de trois, deux poseurs et un compagnon pour la dépose et l’évacuation, traite une salle par jour, soit quatre fenêtres, rendue fermée et nettoyée à 17 h. 22 salles et deux jours de circulations font 24 jours de pose, environ cinq semaines.
| Phase | Zone et rythme | Mode opératoire | Interface ou contrôle |
|---|---|---|---|
| 0. Préparation | 6 semaines avant la pose | Relevé des 96 baies, plans d’exécution, fenêtre témoin en salle 104 | Visa du maître d’œuvre, calendrier des salles arrêté avec le collège |
| 1. Étages | 12 salles, une par jour | Dépose, pose, calfeutrement, habillage intérieur | Attentes des stores vérifiées la veille avec le lot électricité |
| 2. Rez-de-chaussée | 10 salles, une par jour | Même séquence, livraison avant 7 h 45 | Tableaux repris par le lot peinture trois jours après |
| 3. Circulations | 8 fenêtres, 2 jours de vacances | Échafaudage roulant, escalier fermé | Fermeture validée par le collège et le coordonnateur SPS |
| 4. Fin de lot | 2 jours | Réglage de chaque ouvrant, essai des stores | Fiches d’autocontrôle et DOE remis |
Ce que la méthodologie ajoute au tableau :
- les livraisons arrivent avant le passage des cars, et les châssis attendent dans un conteneur fermé sur le parking du personnel, à l’emplacement prévu au PGC ;
- chaque salle est protégée : film au sol, bâche sur le mobilier, aspiration pendant la dépose ; les radiateurs restent en place, protégés ;
- aucune salle ne reste ouverte la nuit : une fenêtre déposée est reposée le jour même, sinon la baie est fermée par un panneau ;
- les anciens châssis partent en bennes séparées, aluminium d’un côté, verre de l’autre ;
- le chef d’équipe est l’interlocuteur unique du collège pendant les heures de cours.
Les relevés, la fenêtre témoin et le visa conditionnent la commande, donc le délai de fabrication : leur place dans le délai se calcule dans le planning du mémoire.
Liste de contrôle avant de rendre la méthodologie
- Chaque sous-critère du RC qui touche la méthode a sa partie, sous son intitulé exact.
- Le plan d’installation est joint, coté, avec accès, stockage, base vie et bennes.
- Chaque phase a une zone, un préalable, une durée, ce qui reste en service et une condition de sortie.
- Le phasage respecte le planning prévisionnel et les périodes imposées par le DCE.
- Les modes opératoires portent sur les ouvrages qui pèsent ou qui risquent, avec les mots du CCTP.
- Les constats de la visite apparaissent là où ils changent la méthode.
- Chaque interface dit qui prépare, qui termine et quand.
- La personne qui représente l’entreprise en réunion est nommée et peut décider.
- Réunions, contrôles, protections et effectifs promis sont dans le prix.
- Rien ne contredit le CCTP, le PGC ou le délai de l’acte d’engagement.
- Aucun nom de site, d’acheteur ou de lot d’un autre dossier ne traîne.
Avec ARAO
Dans les formules payantes, ARAO propose le plan du mémoire à partir du RC, du CCTP et du CCAP, que vous validez, puis rédige un premier jet, méthodologie comprise, à partir du DCE (PGC compris), de votre compte rendu de visite, des images que vous choisissez (photos, schémas, plan d’installation) et des documents de méthode rangés dans votre base de connaissance. Un texte que vous maîtrisez déjà, comme votre procédure de protection en site occupé, peut être repris tel quel comme section à modèle fixe, déposée en PDF. Vous reprenez ensuite chaque section dans un chat, l’aperçu du PDF à côté, pour 1 crédit par mémoire. ARAO ne dessine ni le plan d’installation ni les schémas de phasage : il insère ceux que vous fournissez. Il ne rapproche pas non plus le mémoire de votre chiffrage : vérifiez vous-même que les heures et les moyens promis sont dans vos prix. Voir la rédaction du mémoire technique dans ARAO.

Questions fréquentes
Sources
- CCAG-Travaux 2021, article 28 (nouvel onglet)
- CCAG-Travaux 2021, article 31 (nouvel onglet)
- CCAG-Travaux 2021, article 18 (nouvel onglet)
- CCAG-Travaux 2021, article 3 (nouvel onglet)
- CCAG-Travaux 2021, article 4 (nouvel onglet)
- Code de la commande publique, article R2152-7 (nouvel onglet)
Textes et faits vérifiés le 02/10/2026. Cet article présente la règle générale : les pièces de chaque consultation (RC, CCAP) font foi. Rédaction assistée par l’IA, relue et validée par Laury Alger le 02/10/2026.
