Style d’un mémoire technique : ton, vocabulaire, mise en page et exemples réécrits

Par Laury Alger
Publié le · 7 min de lecture
En bref
Un mémoire technique se lit vite et se note : écrivez des phrases courtes, au présent ou au futur, avec les mots du CCTP et des faits vérifiables (qui, quoi, où, quand, combien). Reprenez les intitulés et l’ordre du RC, mettez moyens, délais et contrôles en tableaux, légendez chaque photo et remettez un PDF au texte sélectionnable, sans superlatif ni promesse vague.
Un ton factuel : le lecteur est un analyste
Le mémoire technique n’est pas lu par un client à convaincre, mais par un analyste : souvent le maître d’œuvre, parfois le service technique de l’acheteur. Il le note sur la valeur technique (article R2152-7 du Code de la commande publique (nouvel onglet)), puis justifie chaque note dans un rapport d’analyse. Il cherche des phrases qu’il peut citer : un effectif, une date, un contrôle, une contrainte du site et sa réponse.
D’où quatre règles de ton :
- affirmatif, au présent ou au futur : « le chef d’équipe contrôle », pas « un contrôle pourra être envisagé » ;
- sans superlatif ni adjectif flatteur : « excellence », « savoir-faire reconnu » et « parfaite maîtrise » ne se notent pas ;
- sans promesse vague : « dans les meilleurs délais » ne dit rien, « sous 48 heures ouvrées » engage ;
- une seule personne grammaticale, de la première à la dernière page.
Le ton s’ajuste au lecteur, pas au fond. Un maître d’œuvre attend la référence de l’article du CCTP et le nom de l’ouvrage ; l’agent d’une petite commune sans service technique, des sigles définis et des phrases simples. Dans les deux cas, les faits sont les mêmes. Un marché privé obéit à d’autres usages : voir répondre à un appel d’offres privé.
Les mots du CCTP, pas ceux de l’atelier
Reprenez les désignations du CCTP et des plans, mot pour mot : le nom de l’ouvrage, le repère du local (« salle 104, bâtiment B »), la référence du produit prescrit « ou équivalent ». L’analyste rapproche votre texte du sien ; un synonyme l’oblige à traduire, et un terme d’atelier peut laisser croire que vous proposez autre chose. Une solution différente de celle du CCTP ne se glisse pas dans le vocabulaire : un engagement contraire au CCTP rend l’offre irrégulière (article L2152-2 (nouvel onglet)), et elle se propose en variante.
| Formule à remplacer | Ce qu’elle devient |
|---|---|
| Personnel qualifié | 3 peintres, dont un chef d’équipe présent chaque jour |
| Matériel adapté | Échafaudage roulant de 4 m, en propre |
| Dans les meilleurs délais | Sous 48 heures ouvrées |
| Respect des normes en vigueur | Conformément à l’article 3.2 du CCTP |
| Tri des déchets | Deux contenants : chutes, emballages ; bac fermé pour les pots |
| Nuisances limitées | Ponçage le mercredi après-midi, locaux vides |
| Contrôle rigoureux | Fiche d’autocontrôle par local, en annexe 4 |
| Nom de marque employé comme nom commun | Désignation du CCTP : plaque de plâtre, bloc béton |
Définissez chaque sigle à sa première occurrence, sauf ceux du marché lui-même (RC, CCTP, CCAP). Les sigles internes, comme le nom d’un logiciel ou d’une procédure maison, n’ont rien à faire dans le texte. Évitez aussi les termes anglais : dans un marché qui renvoie au CCAG-Travaux 2021, le mémoire devient une pièce contractuelle (article 4.1 (nouvel onglet)), et les contrats d’une personne publique sont rédigés en français, sans terme étranger quand un équivalent français de même sens a été approuvé (loi du 4 août 1994, article 5 (nouvel onglet)). Écrivez « liste de contrôle », « rapport d’avancement », « procédure ».
Quatre passages réécrits, avant et après
Exemple fictif : restructuration d’une crèche municipale en activité, lot 08 peinture et sols souples, 96 000 € HT, 9 semaines de travaux. Les phrases « avant » se retrouvent dans beaucoup de mémoires ; les phrases « après » se vérifient.
Moyens humains
Avant : « L’entreprise dispose d’un personnel qualifié et expérimenté et mettra en œuvre tous les moyens nécessaires au bon déroulement du chantier. »
Après : « Une équipe de trois peintres est affectée au lot pendant les 9 semaines de travaux. Le chef d’équipe, présent chaque jour, a conduit le lot peinture de deux crèches en activité depuis 2023 (références 1 et 3, annexe 2). Les hauteurs sous plafond ne dépassent pas 3,10 m (plans A-201 à A-204) : un échafaudage roulant suffit, aucune nacelle n’entre dans le bâtiment. »
Qualité et contrôles
Avant : « Un contrôle qualité rigoureux sera effectué tout au long du chantier. »
Après : « Avant chaque couche de finition et avant la pose des sols souples, le chef d’équipe contrôle la planéité et l’humidité du support, à l’humidimètre, et remplit une fiche par local (modèle en annexe 4). Un support hors des tolérances de l’article 3.1 du CCTP est signalé au maître d’œuvre avant tout ragréage. »
Déchets
Avant : « Très attachée au respect de l’environnement, l’entreprise trie ses déchets. »
Après : « Les chutes de sols souples et les emballages vont dans deux contenants identifiés, placés dans la cour de service. Les pots non vides et les solvants sont stockés dans un bac fermé, puis remis à une filière de collecte des déchets dangereux, avec un bordereau de suivi. Les peintures sont en phase aqueuse, comme le prescrit l’article 2.4 du CCTP. »
Site occupé
Avant : « Les nuisances seront réduites au maximum et la sécurité des enfants sera assurée en permanence. »
Après : « Les sections des moyens et des grands occupent les salles 1 à 4 jusqu’au 10 juillet. L’équipe commence par les salles 5 à 7, déjà vidées ; les salles 1 à 4 sont traitées après le départ des enfants. Chaque zone de travail est fermée par une porte de chantier verrouillée, et le ponçage n’a lieu que dans les locaux vides. »
Chaque réécriture remplace un adjectif par un fait : un nombre, un lieu, une date, une pièce jointe. Elle est plus longue de quelques lignes : gagnez la place ailleurs, en supprimant la présentation générale de l’entreprise si rien ne la note (voir le plan du mémoire technique). Les critères qui pèsent sur ces passages sont annoncés dans le RC : voir les critères d’attribution.
Titres et paragraphes : se retrouver en dix secondes
L’analyste lit avec sa grille ouverte. Les titres de vos parties reprennent les intitulés des sous-critères du RC, dans son ordre et, quand le RC numérote ses sous-critères, avec son numéro : « 2.1 Méthodologie d’exécution en site occupé ». Sous ce titre, des intertitres qui affirment quelque chose aident plus qu’un mot seul : « Accès des livraisons par la cour de service » plutôt que « Logistique ».
Pour le texte :
- une idée par paragraphe, quatre à six lignes au plus ;
- la phrase utile d’abord : l’action, puis sa raison, jamais trois lignes de contexte avant l’engagement ;
- des listes pour les étapes et les contrôles, des phrases pour expliquer un choix ;
- le gras réservé à quelques engagements, jamais à des paragraphes entiers.
La mise en page reste sobre : une police sans empattement courante en 10 ou 11 points, des titres hiérarchisés par leur taille, des marges d’environ 2 cm, un pied de page avec l’intitulé du lot et « page 3 sur 16 ». Évitez les couleurs claires pour le texte et les informations portées par la seule couleur : un mémoire peut être imprimé en noir et blanc.
Tableaux, schémas et photos : chacun prouve quelque chose
Un tableau dit en un coup d’œil ce que trois paragraphes délaient. Il convient aux moyens (poste, nom, présence), au planning (phase, durée, jalons), aux contrôles (étape, contrôle, qui, trace) et à la correspondance entre les exigences du RC et vos pages. Quatre ou cinq colonnes au plus en A4 portrait, des cellules courtes, la ligne d’en-tête répétée en haut de chaque page. Jamais de tableau collé en image : son texte ne se cherche pas et devient flou une fois agrandi.
Un schéma remplace une page : plan de phasage annoté, plan d’installation de chantier, organigramme. Partez des plans du DCE, annotés à la main ou dans un logiciel de dessin, plutôt que d’un dessin générique.
Une photo n’entre que si elle prouve. Celles de la visite de site montrent une contrainte et votre réponse ; celles d’un chantier comparable, une méthode déjà appliquée. Chaque photo porte un numéro et une légende qui dit ce qu’elle montre, où, quand, et ce qu’elle change : « Photo 3, visite du 12 mars : porche d’accès de 2,40 m de hauteur libre, livraisons en véhicule léger. » Le texte la cite par son numéro.
Le PDF remis : lisible, cherchable, léger
Le format suit le RC. Sans consigne, le PDF s’impose : il fige la mise en page et se compte en pages sans surprise. À l’export :
- gardez un texte sélectionnable, jamais un scan ;
- créez les signets à partir des titres (option d’enregistrement en PDF du traitement de texte) : l’analyste navigue par parties ;
- incorporez les polices, pour que le document s’affiche partout comme chez vous ;
- compressez les images à une résolution d’impression courante : un PDF trop lourd peut dépasser la taille admise par la plateforme ;
- nommez le fichier comme le RC le demande.
Rouvrez ensuite le PDF sur un autre poste, page par page. Le contrôle complet avant le dépôt est détaillé dans relire un mémoire technique, et le dépôt lui-même dans déposer son offre en ligne.
Avec ARAO
Dans les formules payantes, ARAO rédige un premier jet du mémoire technique à partir du DCE et de votre base de connaissance, puis le met en forme avec vos réglages : page de garde tirée de votre modèle PDF (titre du projet, logos, client, date), couleur et décoration des titres, en-tête et fond des tableaux, style d’intégration des images (dont une carte avec légende), en-tête et pied de page avec logo, numéro de page, nom de l’acheteur et intitulé de l’appel d’offres. Le PDF numérote les titres à la suite et porte un sommaire paginé : vérifiez que l’ordre des parties suit celui du RC. Photos, schémas, plans et fiches produits se choisissent pour chaque mémoire.
Dans le chat, vous désignez une section et dites ce qu’il faut changer, par exemple raccourcir un passage ou remplacer une formule vague par un fait. ARAO ne corrige pas votre style de lui-même, et le Word, produit à partir du PDF, peut demander des retouches. La rédaction coûte 1 crédit.

Questions fréquentes
Sources
- Code de la commande publique, article R2152-7 (nouvel onglet)
- Code de la commande publique, article L2152-2 (nouvel onglet)
- CCAG-Travaux 2021, article 4 (nouvel onglet)
- Loi n° 94-665 du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française, article 5 (nouvel onglet)
Textes et faits vérifiés le 02/10/2026. Cet article présente la règle générale : les pièces de chaque consultation (RC, CCAP) font foi. Rédaction assistée par l’IA, relue et validée par Laury Alger le 02/10/2026.
