Chiffrage et prix

    Calculer un prix unitaire : du déboursé sec au prix de vente, exemple chiffré

    Par Laury Alger

    Publié le · 8 min de lecture

    En bref

    Un prix unitaire se construit en deux temps. D’abord le déboursé sec de l’unité : temps unitaire multiplié par un coût horaire chargé calculé sur les heures productives, fournitures pertes comprises, matériel et sous-traitance ramenés à l’unité. Ensuite les frais de chantier, les frais généraux, les aléas et la marge, chacun sur une assiette dite : ces taux se multiplient, ils ne s’additionnent pas.

    Le coût horaire chargé : diviser par les heures productives

    La main-d’œuvre pèse souvent le plus lourd dans un prix de second œuvre, et son erreur la plus coûteuse se trouve dans le dénominateur. Le coût horaire chargé est ce que coûte à l’entreprise une heure passée à produire.

    Exemple fictif d’un plaquiste compagnon, sur un an :

    • salaires bruts : 32 000 € ;
    • charges patronales, cotisation à la caisse de congés payés comprise : 17 400 € ;
    • équipement de protection, outillage individuel, formation, suivi médical : 1 900 €.

    Soit 51 300 €. Le salarié est payé environ 1 600 heures dans l’année, mais 250 ne sont payées par aucun chantier : intempéries, formation, attente, rangement au dépôt. Restent 1 350 heures productives, et un coût horaire de 38,00 €.

    Divisé par les 1 600 heures payées, le même coût donne 32,06 € : 5,94 € de moins par heure. Sur le lot de cloisons de l’exemple plus bas, 624 heures de pose, le déboursé est sous-estimé de 3 705 € avant frais et marge. Deux règles complètent le calcul. Un taux par catégorie : compagnon, chef d’équipe qui pose, encadrement. Et les trajets comptés une seule fois, dans le coût horaire ou dans les frais de chantier, jamais dans les deux.

    Le temps unitaire : vos heures mesurées, puis le contexte

    Le temps unitaire dit combien d’heures demande une unité d’ouvrage. La meilleure source est votre propre production : heures pointées sur l’ouvrage, divisées par les quantités posées. Exemple : 1 870 heures pour 4 150 m² de cloison sur trois chantiers, soit 0,45 h par m², ossature, isolant, plaques, bandes et joints compris. Une base tenue à jour, prévu face à réalisé, vaut mieux qu’un temps de référence générique : voir capitaliser ses réponses.

    Ce temps est celui d’un chantier sans contrainte. Le dossier dit ce qui l’allonge : le CCTP et la visite révèlent le site occupé, la hauteur, l’accès sans monte-charge, les petites quantités dispersées. Distinguez deux familles de sujétions :

    • celles qui allongent le temps, comme un site occupé : 0,45 h majorées de 15 % donnent 0,52 h ;
    • celles qui renchérissent l’heure sans ralentir la pose, comme le travail de nuit ou le samedi : le temps reste, le taux horaire monte de la prime.

    À pourcentage égal, le déboursé de main-d’œuvre est le même. Mais seule la première famille ajoute des heures, donc des jours de chantier, donc des déplacements et de l’encadrement.

    Fournitures : prix net, pertes, conditionnement, livraison

    Le prix d’une fourniture dans le sous-détail est un prix rendu chantier, ramené à l’unité d’ouvrage :

    • le prix net de votre fournisseur, remise déduite, d’un tarif ou d’un devis en cours de validité ;
    • la quantité par unité d’ouvrage : un m² de cloison à une plaque par face consomme 2 m² de plaque, 0,74 ml de rail et 1,67 ml de montant à 60 cm d’entraxe, pour 2,70 m de hauteur ;
    • les pertes : chutes, casse, découpes autour des huisseries. L’exemple retient 8 % sur les plaques et 5 % sur l’ossature ; vos chantiers donnent vos taux ;
    • le conditionnement : un rouleau, une palette ou une couronne entamés sont payés entiers ;
    • la livraison, le déchargement et la montée en étage, s’ils ne sont pas dans le prix du fournisseur.

    Sur un chantier long, regardez aussi le régime de prix du CCAP : un prix ferme vous laisse seul face aux hausses des matériaux, une révision des prix les suit en partie.

    Matériel et sous-traitance ramenés à l’unité

    Le matériel se répartit sur les unités qu’il sert à produire. Dans l’exemple, un échafaudage roulant loué deux mois, 480 €, et l’outillage du lot, 240 €, pour 1 200 m² : 0,60 € par m². Un matériel en propre se chiffre aussi, au coût journalier : amortissement, entretien, assurance, énergie. Un matériel commun à tout le chantier, comme une benne ou un monte-matériaux, relève plutôt des frais de chantier.

    La sous-traitance entre dans le déboursé sec au prix du sous-traitant, une fois vérifié que son devis couvre tout ce que décrit le CCTP pour la ligne. Les frais de chantier, les frais généraux et la marge s’y appliquent ensuite : vous coordonnez ce travail et vous en répondez. Les règles de déclaration et de paiement sont dans la fiche sous-traitance et paiement direct.

    Frais de chantier, frais généraux, aléas, marge : chaque taux sur son assiette

    Quatre taux transforment le déboursé sec en prix de vente. Chacun s’applique à une assiette qu’il faut dire.

    • Frais de chantier, sur le déboursé sec. Chiffrez-les en euros pour ce chantier, puis rapportez-les au déboursé sec du lot : base vie et branchements, bennes, protections du site occupé, nettoyage, part du compte prorata fixée par le CCAP, part du temps du conducteur de travaux, déplacements. Dans l’exemple, 9 940 € pour 142 000 € de déboursé sec : 7 %. Un taux habituel appliqué sans ce calcul oublie qu’un petit lot garde presque les mêmes frais fixes qu’un grand.
    • Frais généraux, sur le coût de production, c’est-à-dire déboursé sec et frais de chantier. Le taux se tire des comptes du dernier exercice, sur la même assiette : 168 000 € de frais généraux pour 1 400 000 € de coût de production font 12 %. Calculés sur un chiffre d’affaires de 1 600 000 €, ils feraient 10,5 % ; appliqués au coût de production, ces 10,5 % ne couvriraient que 147 000 €, et 21 000 € manqueraient sur l’année.
    • Aléas, sur le prix de revient : ce que le dossier ne dit pas encore, comme un support plus mauvais que prévu. Un risque connu se chiffre dans les temps ou les quantités, pas ici.
    • Marge, sur le prix de revient : le bénéfice et la rémunération du risque de l’entreprise. Dans l’exemple, 8 % du prix de revient ne font que 7,3 % du prix de vente. « 8 % de marge » ne veut rien dire tant que l’assiette n’est pas écrite.

    Exemple : le sous-détail d’un m² de cloison 72/48

    Chantier fictif : réhabilitation d’un collège en site occupé, lot plâtrerie. Ligne du bordereau : 1 200 m² de cloison de distribution 72/48, une plaque de 12,5 mm par face, ossature de 48 mm à 60 cm d’entraxe, laine minérale de 45 mm, hauteur 2,70 m. Taux et prix de l’exemple, à remplacer par les vôtres.

    PosteBase de calcul€ HT par m²
    Main-d’œuvre0,52 h à 38,00 €19,76
    Plaques2,16 m² (8 % de pertes) à 2,90 €6,26
    Ossature0,78 ml de rail à 1,30 € ; 1,75 ml de montant à 1,55 €3,73
    Laine minérale1,05 m² à 2,40 €2,52
    Vis, bandes, enduitau m²1,09
    Matériel720 € sur 1 200 m²0,60
    Déboursé sec33,96
    Frais de chantier7 % du déboursé sec2,38
    Frais généraux12 % du coût de production (36,34)4,36
    Aléas2 % du prix de revient (40,70)0,81
    Marge8 % du prix de revient3,26
    Prix de vente HTcoefficient de 1,31844,77

    La ligne vaut 53 724 € HT. Trois lectures avant de la reporter au BPU ou à la DPGF :

    • la main-d’œuvre fait 58 % du déboursé sec : c’est le temps unitaire qu’il faut défendre, plus que le prix de la plaque ;
    • 1 200 m² à 0,52 h font 624 heures, soit 45 jours de travail pour deux plaquistes à 7 heures par jour. Si le planning du CCAP n’en laisse que 30, il faut une troisième personne, et peut-être plus d’encadrement : les frais de chantier changent ;
    • chaque sous-ligne est arrondie au centime, et leur somme retombe exactement sur le prix remis.

    Le coefficient de vente : un contrôle, pas une méthode

    Le coefficient de vente est le rapport du prix de vente au déboursé sec : 44,77 divisé par 33,96, soit 1,318. Il résulte d’une multiplication : 1,07 pour les frais de chantier, multiplié par 1,12 pour les frais généraux, puis par 1,10 pour les aléas et la marge sur le prix de revient.

    L’erreur courante est d’additionner les taux : 7 + 12 + 2 + 8 = 29 %, d’où un coefficient de 1,29. Le prix tombe à 43,81 € le m², 0,96 € de moins par unité, 1 152 € sur la ligne, et le même écart se répète sur tout le bordereau.

    Servez-vous du coefficient pour vérifier, pas pour chiffrer. Un coefficient du lot très différent de celui de vos derniers chantiers signale un taux oublié ou une ligne mal construite. Certaines entreprises appliquent un coefficient à la main-d’œuvre et un autre aux fournitures : c’est un choix de répartition, à condition que le total couvre les mêmes frais. La méthode de remplissage du bordereau, elle, est dans remplir un BPU et remplir une DPGF.

    Le sous-détail, preuve du prix

    Le prix ainsi construit a déjà son sous-détail de prix. Gardez-le avec l’offre : il sert trois fois.

    • Le RC peut l’exiger avec l’offre. Quand le marché renvoie au CCAG-Travaux 2021, le sous-détail compte trois blocs : déboursés (salaires et charges, matériaux, matériel), frais généraux et impôts et taxes en pourcentage des déboursés, marge pour risques et bénéfices en pourcentage de l’ensemble (article 9.3.3 (nouvel onglet)). Vos frais de chantier et vos aléas doivent y trouver place, par exemple dans les déboursés et dans la marge pour risques, sans changer le total. En cours de marché, un ordre de service peut en exiger la production sous au moins vingt jours (article 9.3.4).
    • Face à un prix qui semble anormalement bas, l’acheteur exige des précisions et justifications (article L2152-6 du Code de la commande publique (nouvel onglet)), qui peuvent porter sur le procédé de construction, les conditions exceptionnellement favorables dont vous disposez ou la part sous-traitée (article R2152-3 (nouvel onglet)). Il rejette l’offre si elles ne convainquent pas, ou si le prix méconnaît le droit social ou du travail, conventions collectives comprises (article R2152-4 (nouvel onglet)) : un coût horaire sous les minima conventionnels ne se défend pas. Voir l’offre anormalement basse et justifier un prix trop bas.
    • Quand le maître d’œuvre modifie les travaux, les éléments des sous-détails servent à établir les prix nouveaux (article 13.3 (nouvel onglet)). Un temps unitaire trop optimiste vous suit sur chaque ouvrage ajouté.

    Avec ARAO

    Avec l’option chiffrage des formules payantes, ARAO applique cette méthode à chaque ligne du bordereau. La page Config Chiffrage reçoit vos coûts horaires chargés par catégorie (production, encadrement, pilotage, trajet) et vos majorations de contexte, rangées en deux familles : celles qui renchérissent l’heure, comme la nuit, le samedi ou l’astreinte, et celles qui allongent le temps, comme la rénovation, le milieu occupé ou la hauteur. L’IA estime des heures, jamais des montants. Les fournitures viennent de vos offres connues, remise comprise, ou d’une estimation de l’IA signalée comme telle. Véhicules, péage, indemnités et temps de trajet se déduisent des heures du chiffrage, à côté des postes que vous ajoutez, comme une nacelle à la journée. Frais généraux, aléas et marge portent chacun leur assiette : déboursé sec, coût de production, prix de revient ou prix de vente. Chaque ligne garde son sous-détail et l’origine de ses prix. ARAO ne calcule ni votre coût horaire ni votre taux de frais généraux : ils viennent de vos comptes. Détails : chiffrage DPGF, DQE et BPU.

    Fiche d’une ligne de bordereau dans ARAO : analyse du dossier, fourniture avec prix d’achat, remise et coefficient, puis temps unitaire majoré selon le contexte et valorisé au coût horaire
    Le sous-détail d’une ligne chiffrée

    Questions fréquentes

    Additionnez sur un an tout ce que coûte le salarié : salaires bruts, charges patronales et cotisation à la caisse de congés payés, équipement, outillage individuel, formation, suivi médical. Divisez par les heures réellement productives, pas par les heures payées : intempéries, formation, attente et rangement au dépôt ne sont payés par aucun chantier. Exemple : 51 300 € pour 1 350 heures productives donnent 38,00 € de l’heure.

    Le déboursé sec est le coût direct de l’ouvrage : main-d’œuvre, fournitures, matériel, sous-traitance. Avec les frais de chantier, il devient le coût de production ; avec les frais généraux de l’entreprise, le prix de revient. Le prix de vente hors taxes ajoute les aléas et la marge. C’est ce prix de vente, arrondi au centime, qui va dans le bordereau.

    Multipliez entre eux les taux appliqués en cascade, chacun sur son assiette : avec 7 % de frais de chantier, 12 % de frais généraux, puis 2 % d’aléas et 8 % de marge sur le prix de revient, le coefficient vaut 1,07 multiplié par 1,12 puis par 1,10, soit 1,318. Additionner les taux donnerait 1,29, et un prix trop bas sur chaque ligne.

    En règle générale, oui : mêmes frais généraux, mêmes aléas, même marge, et une exception seulement quand vous savez l’expliquer, comme un gros équipement acheté pour le chantier. Un risque propre à une ligne se traite dans ses hypothèses, temps majoré ou quantité, pas dans une marge à part. Des taux qui varient sans raison rendent vos prix difficiles à justifier si l’acheteur les interroge.

    Son prix entre dans le déboursé sec, après avoir vérifié que son devis couvre tout ce que décrit le CCTP pour la ligne : protections, déchets, essais. Frais de chantier, frais généraux et marge s’appliquent ensuite, car vous coordonnez son travail et en répondez. En cas de demande de justification d’un prix bas, la part sous-traitée doit elle aussi se justifier.

    Sources

    Textes et faits vérifiés le 02/10/2026. Cet article présente la règle générale : les pièces de chaque consultation (RC, CCAP) font foi. Rédaction assistée par l’IA, relue et validée par Laury Alger le 02/10/2026.

    L’auteur

    Portrait de Laury Alger

    Laury Alger

    Président et fondateur de NEURALPHA

    Je baigne dans le BTP depuis tout petit : mon père possède une entreprise, et j’ai commencé à travailler sur les chantiers à 14 ans. Je me suis ensuite formé pour prendre des responsabilités : j’ai été ouvrier, technicien, chargé d’affaires, puis j’ai eu ma propre entreprise pendant un peu moins de trois ans.

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    Le bordereau de l’acheteur, chiffré dans son fichier

    Avec l’option chiffrage, ARAO chiffre la DPGF, le DQE ou le BPU ligne par ligne au déboursé sec, frais et marge à votre main, puis réécrit le fichier Excel de l’acheteur.

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