Répondre aux appels d’offres de VRD, de terrassement et de travaux publics

Par Laury Alger
Publié le · 7 min de lecture
En bref
Un lot de VRD se gagne sur des prix unitaires qui tiennent quelles que soient les quantités, et se perd sur ce que le DCE ne dit pas : réseaux enterrés, nature des déblais, distance de l’exutoire, délais d’intervention des bons de commande. Lisez d’abord les DT jointes au DCE, chiffrez chaque prix du BPU au déboursé sec, puis montrez au mémoire le phasage sous circulation et les contrôles.
Qui achète des travaux de VRD et de terrassement
Les acheteurs sont surtout locaux : communes et intercommunalités pour la voirie et les aménagements de bourg, départements pour les routes départementales, syndicats d’eau et d’assainissement, aménageurs publics pour les zones d’activité et les lotissements, bailleurs sociaux pour les abords de résidences. Les opérations se rangent en quatre familles :
- la viabilisation d’un lotissement ou d’une zone : terrassements, réseaux humides, réseaux secs, voirie provisoire puis définitive ;
- la requalification d’une rue ou d’une place : démolition de chaussée, bordures, enrobés, trottoirs, éclairage ;
- le renouvellement de réseaux d’eau potable ou d’assainissement, souvent sous chaussée circulée ;
- le lot VRD d’une opération de bâtiment, pour les abords et les raccordements.
S’y ajoutent les accords-cadres d’entretien de voirie ou de réseaux, passés pour plusieurs années et exécutés par bons de commande. L’allotissement suit souvent les métiers : terrassement et voirie, réseaux humides, réseaux secs et éclairage public, espaces verts.
Codes CPV à suivre : 45112000 « Travaux de fouille et de terrassement », 45233140 « Travaux routiers », 45233200 « Travaux de revêtement divers », 45232410 « Travaux d’assainissement », 45232400 « Travaux de construction d’égouts », 45232100 « Travaux annexes pour conduites d’eau » et 45236000 « Travaux de nivelage ».
Ce que la loi impose, ce que l’acheteur demande
Aucune certification d’entreprise n’est imposée pour terrasser ou poser des réseaux, comme l’est la certification amiante pour le retrait. La réglementation impose en revanche des autorisations à vos salariés :
- l’AIPR, autorisation d’intervention à proximité des réseaux, pour l’encadrant de chantier, les conducteurs des engins listés et les suiveurs qui travaillent près des réseaux. L’employeur la délivre après avoir évalué la compétence du salarié, au vu d’un justificatif (attestation de compétences par examen, CACES adapté, titre ou diplôme de moins de cinq ans), pour cinq ans au plus (arrêté du 15 février 2012, article 21) ;
- l’autorisation de conduite de certains engins, également délivrée par l’employeur (article R4323-56 du Code du travail).
L’acheteur, lui, peut demander des qualifications ou l’identification professionnelle de la FNTP, dont la nomenclature compte 293 identités professionnelles en sept familles. Il accepte alors tout moyen de preuve équivalent : références de même nature, attestations de bonne exécution, liste du matériel. Pour l’assainissement, regardez qui fait les essais de réception : le CCTG les confie à des organismes de contrôle indépendants choisis par le maître d’ouvrage (fascicule 70, titre I), mais un CCTP peut en mettre une part dans votre lot.
Dans le DCE : réseaux, sols, déblais et amiante des chaussées
Les réseaux enterrés d’abord. Le maître d’ouvrage annexe au DCE ses déclarations de projet de travaux (DT) et les réponses des exploitants (article R554-23 du Code de l’environnement (nouvel onglet)). Quand les plans des exploitants manquent de précision, il fait réaliser des investigations complémentaires par un prestataire certifié, dans un lot ou un marché séparé ; quand elles ne suffisent pas, le marché prévoit les mesures techniques et financières pour travailler dans les zones d’incertitude. Cherchez donc au BPU les lignes de sondages, de terrassement manuel ou de plus-value à proximité des réseaux. Le marquage-piquetage incombe au responsable du projet, à sa charge (article R554-27), et le CCAG-Travaux met à la charge du maître d’ouvrage les sondages préalables des ouvrages souterrains (article 27.3.1 (nouvel onglet)) : si le CCTP vous les confie, ils doivent avoir leur prix.
Puis le sol et les déblais : étude géotechnique, rocher, nappe, purges, nature des terres (inertes ou non, analyses jointes), réemploi sur place, exutoire imposé ou à trouver. La matrice des risques d’un lot de VRD est détaillée dans repérer les risques d’un DCE.
Enfin l’amiante des chaussées. Selon l’INRS, de l’amiante chrysotile a été ajouté à certains revêtements routiers jusqu’au milieu des années 1990. Depuis le 1er juillet 2026, le repérage avant travaux sur les ouvrages de génie civil, les infrastructures de transport et les réseaux suit l’arrêté du 4 juin 2024 (nouvel onglet), et le rapport est joint au DCE (article L4412-2 du Code du travail). Un enrobé amianté change tout : rabotage sous protection respiratoire, déchets amiantés tracés jusqu’à une filière autorisée et, pour le retrait, une entreprise certifiée (voir démolition et désamiantage).
Au CCTP, repérez les fascicules du CCTG génie civil cités : terrassements généraux (fascicule 2), enrobés (27), canalisations d’assainissement (70), canalisations sous pression (71). Ils ne s’appliquent qu’aux marchés qui s’y réfèrent. Au CCAP : forme des prix, révision, pénalités, journées d’intempéries prévisibles déduites des prolongations de délai (article 18.2.3 du CCAG-Travaux).
Accords-cadres à bons de commande : délais d’intervention et DICT
L’accord-cadre est conclu avec un maximum, avec ou sans minimum (article R2162-4 du Code de la commande publique) : seul le minimum engage l’acheteur. Le chiffrage des petits bons est traité dans remplir un BPU. Le piège propre au métier est ailleurs : le délai d’intervention.
Avant d’intervenir, l’entreprise adresse sa déclaration d’intention de commencement de travaux (DICT) à chaque exploitant concerné (article R554-25 (nouvel onglet)) ; la liste des exploitants se trouve sur le guichet unique, institué au sein de l’Ineris (article L554-2 du Code de l’environnement). L’exploitant répond sous sept jours, jours fériés non compris, pour une déclaration dématérialisée, et les travaux ne peuvent commencer avant les récépissés des ouvrages sensibles pour la sécurité (article R554-26 (nouvel onglet)).
Exemple : un CCAP impose un démarrage dans les trois jours suivant le bon, sous peine de 150 € par jour de retard. Un bon pour une tranchée de branchement sous une rue desservie en gaz arrive un lundi ; la DICT part le jour même. La réponse peut n’arriver que le lundi suivant, quatre jours après l’échéance du jeudi : 600 € de pénalités, sans faute de votre part. Posez la question pendant la consultation : le délai d’intervention court-il à compter des récépissés ?
Chiffrer le BPU : structure et exemple sur les déblais
Un BPU de VRD suit l’ordre du chantier : installations et signalisation (ft) ; terrassements (décapage en m², déblais et remblais en m³, purges) ; réseaux humides (tranchée en ml par profondeur, canalisation en ml par diamètre, regards et branchements à l’unité) ; réseaux secs (fourreaux en ml, chambres en u) ; chaussées et trottoirs (couche de forme et grave en m², enrobés en t ou en m², bordures en ml) ; espaces verts et signalisation. Le DQE applique ces prix à des quantités estimées ; voir remplir un DQE.
Exemple fictif : prix 2.3 « Déblais en terrain ordinaire, chargement, transport et mise en installation de stockage », payé au m³ mesuré en place, 1 250 m³ au DQE. Hypothèses de l’exemple : foisonnement de 1,25, densité de 1,9 t par m³ en place, installation de stockage de déchets inertes à 20 km, rotation de camion en 1 h 15.
| Poste | Base de calcul | Montant HT |
|---|---|---|
| Pelle de 25 t avec conducteur | 50 m³ par heure, 25 h à 118 € | 2 950,00 € |
| Transport | 1 562,5 m³ foisonnés, 112 rotations de 14 m³, 140 h à 88 € | 12 320,00 € |
| Accueil en installation de stockage | 2 375 t à 7,00 € | 16 625,00 € |
| Déboursé sec | 25,52 € par m³ en place | 31 895,00 € |
| Prix unitaire de vente | coefficient de 1,22 | 31,13 € par m³ |
Trois erreurs font perdre cette ligne :
- oublier le foisonnement : 90 rotations au lieu de 112, soit 22 rotations, 27,5 heures de camion et 2 420 € manquants ;
- supposer des terres inertes sans analyses : refusées en installation de déchets inertes, elles partent vers une filière bien plus chère, à la tonne ;
- confondre les unités : un prix calculé à la tonne et saisi sur une ligne au m³ en place est presque divisé par deux.
Gardez ce raisonnement dans votre sous-détail. Sur la révision, les index TP de l’INSEE ne pèsent pas pareil : le bitume compte pour 30 % de l’index TP09 « Fabrication et mise en œuvre d’enrobés » et pour 12 % du TP08 « Travaux d’aménagement et entretien de voirie en zones rurale et urbaine » (composition des index au 20 mars 2026 (nouvel onglet)). Un lot d’enrobés révisé sur le TP08 vous couvre mal contre une hausse du bitume.
Le mémoire technique d’un lot de travaux publics
L’acheteur y cherche la preuve que vous tiendrez la rue, les réseaux et le délai. Un plan court, dans l’ordre du RC :
- Compréhension du site : accès, riverains, commerces, écoles, réseaux repérés, contraintes relevées à la visite.
- Phasage et circulation : demi-chaussée ou déviation, signalisation temporaire, accès riverains et secours maintenus, arrêtés de circulation.
- Méthode par phase : terrassement, réseaux, couche de forme, chaussée, finitions ; travaux à proximité des réseaux (DICT, détection, terrassement manuel).
- Moyens : équipe nommée, AIPR à jour, engins listés, sous-traitants (enrobés, marquage), approvisionnements.
- Contrôles : autocontrôles de compactage, essais d’étanchéité, inspection télévisée, récolement des réseaux.
- Environnement : réemploi des déblais, traçabilité des évacuations, poussières et bruit, propreté des voies.
- Planning : préparation, cadences, journées d’intempéries prévues, jalons soumis à pénalités.
Chaque engin et chaque équipe promis au mémoire doivent se retrouver dans vos prix : un acheteur qui lit trois équipes au mémoire et un rendement d’une seule au BPU doute des deux. Pour la méthode, voir la méthodologie d’exécution dans le mémoire et le planning et les aléas.
Liste de contrôle avant de déposer
- DT et réponses des exploitants présentes au DCE, ou demandées par question écrite.
- Zones d’incertitude des réseaux repérées, lignes de sondages et de terrassement manuel trouvées au BPU.
- Repérage amiante des chaussées lu, ou son absence signalée.
- Étude de sol lue : rocher, nappe, purges, réemploi.
- Nature des déblais, analyses et exutoire connus ; foisonnement et distance chiffrés.
- Unités de chaque prix relues (m³ en place, t, m², ml).
- Délai d’intervention des bons compatible avec les délais de réponse aux DICT.
- Signalisation, installations et amenée des engins portées sur une ligne ou dans les prix.
- Index de révision comparé à vos postes de coût.
- AIPR et autorisations de conduite à jour pour l’équipe annoncée.
- Mémoire cohérent avec les cadences et les moyens chiffrés.
Avec ARAO
La veille d’ARAO filtre les avis par activité, dont « Terrassement », « Voirie et réseaux divers », « Assainissement », « Canalisations » et « Eclairage public ». Le Go/No-Go, gratuit, précise si le montant annoncé porte sur le lot, l’opération ou l’accord-cadre, calcule la distance depuis votre implantation la plus proche et propose des critères comme « Perspectives de récurrence » ou « Contraintes d’exécution du site ». Avec l’option chiffrage des formules payantes, ARAO chiffre chaque prix du BPU de l’acheteur au déboursé sec, puis reporte ces prix sur le DQE du même lot, sans jamais réécrire ses quantités ; le prix en lettres reste à écrire par vous. Les plans DWG, fréquents en VRD, ne sont pas lus : joignez-les en PDF. Les AIPR et CACES de vos salariés se rangent au coffre-fort avec leur date de validité. ARAO ne fait ni les DT ni les DICT. Détail : chiffrage DPGF, DQE et BPU.

Questions fréquentes
Sources
- Code de l’environnement, article R554-23 (nouvel onglet)
- Code de l’environnement, article R554-25 (nouvel onglet)
- Code de l’environnement, article R554-26 (nouvel onglet)
- Code de la commande publique, article R2162-4 (nouvel onglet)
- Arrêté du 4 juin 2024 relatif au repérage de l’amiante avant certaines opérations réalisées dans les immeubles autres que bâtis (nouvel onglet)
- INSEE, composition détaillée des index Travaux publics, base 2010 (version au 20 mars 2026) (nouvel onglet)
Textes et faits vérifiés le 02/10/2026. Cette page présente la règle générale : les pièces de chaque consultation (RC, CCAP) font foi. Rédaction assistée par l’IA, relue et validée par Laury Alger le 02/10/2026.
